Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/250

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trouvé placé contribuent beaucoup à expliquer le silence mystérieux que M. l’avocat général regarde comme la principale preuve que l’accusée méditait la destruction de l’innocente créature à laquelle elle allait donner la vie. Elle n’avait pas avoué à ses parents qu’elle s’était écartée du sentier de l’honneur : et pourquoi ne l’avait-elle pas fait ? c’est qu’elle espérait chaque jour voir sauver sa réputation par la réparation que son séducteur lui avait promise, et qu’elle croyait ses intentions sincères. Est-il naturel, est-il juste d’imaginer que, dans l’intervalle, elle irait se couvrir de honte, devenir felo de se en proclamant publiquement sa fragilité, tandis qu’elle avait toutes les raisons possibles de croire qu’en la cachant pendant un certain temps elle pourrait ensuite en dérober à jamais la connaissance ? N’est-il pas au contraire bien pardonnable à une jeune personne qui se trouvait dans un tel cas, d’avoir eu de la répugnance à prendre pour confidente la première commère qui, avec des yeux curieux et des oreilles avides, avait pu l’interroger sur les circonstances suspectes que les femmes de la classe du peuple, je pourrais dire même les femmes de tous les rangs, sont si promptes à remarquer, que quelquefois elles les voient là où elles n’existent pas ? Est-il étrange et peut-on la blâmer d’avoir repoussé leur impertinente curiosité par des dénégations mêlées d’impatience ? Tous ceux qui m’entendent sont, j’en suis convaincu, disposés par sentiment à l’absoudre de ce tort. Mais, quoique ma cliente ait ainsi gardé le silence envers ceux qui n’avaient pas le droit de l’interroger sur sa situation, et auxquels j’ajouterai qu’il eût été imprudent et inconvenant de sa part d’en faire la confidence, j’espère cependant établir qu’elle n’est pas dans le cas prévu par les dispositions de la loi, et obtenir pour cette malheureuse jeune fille un acquittement honorable devant Leurs Seigneuries, en prouvant qu’en temps et lieu convenables elle plaça sa confiance dans la personne qui en était le plus digne, et lui avoua la cruelle position dans laquelle elle se trouvait. Ceci eut lieu après la condamnation de Robertson, et tandis qu’il était en prison, attendant le sort que subit ensuite son camarade Wilson, et auquel il échappa si miraculeusement lui-même avec l’aide de ce dernier. Ce fut à cette époque où, perdant tout espoir de voir sa honte effacée par un mariage qui, dans le cas même où il eût encore été possible, n’aurait été pour elle, dans la situation de Robertson, qu’un opprobre de plus ; ce fut à cette époque, dis-je, que la prisonnière,