Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/255

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toires, a bien, il est vrai, le droit de garder le silence, mais il n’y a pas d’hommes qui ne sente qu’en refusant de répondre à des questions justes et naturelles qui lui sont faites par l’autorité judiciaire, il donne contre lui de fortes préventions de culpabilité, et sera certainement mis en prison ; et il y en a peu qui puissent renoncer à l’espoir d’obtenir la liberté en expliquant leur conduite d’une manière spécieuse. Le prisonnier refuse donc très-rarement de faire une déclaration judiciaire dans laquelle pourtant, soit qu’il laisse trop paraître la vérité, soit qu’il y substitue un récit de son invention, il s’expose presque toujours à des soupçons et des contradictions qui ont une puissante influence sur l’esprit des jurés.

La déclaration d’Effie Deans avait été faite d’après d’autres motifs, et nous la rapportons ici dans les formes judiciaires, telle qu’on peut encore la trouver sur les registres des tribunaux.

La prévenue commence par avouer une liaison criminelle avec un individu dont elle désire cacher le nom[1].

Demande. « Pour quelle raison gardez-vous le secret sur ce point ? Réponse. — Je n’ai pas le droit de blâmer la conduite de cet individu plus que la mienne ; or, je suis prête à avouer mes fautes ; mais je désire ne rien dire qui puisse compromettre les absents. D. — Avez-vous avoué votre situation à quelqu’un, et vous êtes-vous occupée des préparatifs de votre accouchement ? R. — Non. D. — Pourquoi avez-vous négligé de prendre les précautions que votre état rendait si nécessaires ? R. — La honte m’empêchait d’en parler à mes parents, et j’avais l’espoir que la personne dont j’ai parlé pourvoirait à mes besoins et à ceux de l’enfant. D. — L’a-t-il fait ? R. — Il ne l’a pas fait personnellement, mais ce n’a pas été sa faute ; et je suis convaincue qu’il aurait fait le sacrifice de sa vie pour empêcher qu’il arrivât aucun mal à moi ou à l’enfant. D. — Quelles sont donc les raisons qui l’ont empêché de tenir sa promesse ? R. — Il n’en a pas eu les moyens, étant lui-même alors dans l’embarras. Je ne répondrai pas à d’autres questions de ce genre. D. — Où avez-vous été depuis le moment où vous avez quitté la maison de M. Saddletree jusqu’au jour où vous retournâtes à Saint-Léonard chez votre père, et qui était la veille de celui où vous fûtes arrêtée ? R. — Je ne me le rappelle pas. »

  1. Nous rapportons cet interrogatoire par demande et réponse, pour éviter la fastidieuse répétition du texte anglais étant interrogée, déclare, qui revient à chaque instant. a. m.