Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/259

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bonheur et à donner un père à votre enfant, vous aurez tout le temps de me gronder… Encore une fois, ne parlez à personne ; mes jours dépendent de cette vieille ; elle est dangereuse et artificieuse, mais elle a plus d’invention et de ressource dans l’imagination que n’en eut jamais aucune sorcière, et elle a des motifs de m’être fidèle. Adieu donc, mon petit Lis ; ne penchez pas la tête à cause de moi… Dans une semaine je serai tout à vous, ou j’aurai cessé d’être à moi-même. »

Suivait un post-scriptum : « Si je ne puis échapper à la mort, mon plus grand sujet de regret, dans cette dernière extrémité, sera le mal que j’ai fait à mon petit Lis. »

Effie refusa de dire qui lui avait écrit cette lettre, mais son histoire était assez connue pour qu’il parût certain qu’elle venait de Robertson, et, d’après la date, on vit qu’elle avait été écrite vers le temps où André Wilson, surnommé par sobriquet Handie Dandie, et lui, méditaient la première tentative de fuite qui échoua, comme nous l’avons rapporté dans le commencement de cette histoire.

Les dépositions du ministère public étant terminées, l’avocat de l’accusée commença à produire celles qui venaient à sa décharge. Les premiers témoins furent examinés sur la réputation qu’avait la jeune fille. Tous s’accordèrent à en rendre le témoignage le plus favorable, mais surtout mistress Saddletree, qui déclara, le visage baigné de larmes, qu’elle avait toujours eu la plus haute opinion d’Effie, et que quand elle aurait été sa propre fille, elle ne lui aurait pas porté une affection plus sincère. La sensibilité de cette digne femme lui fit honneur, et tout le monde en parut touché, excepté son mari, qui dit tout bas à Dumbiedikes : « Votre M. Michel Novit n’est qu’un novice en fait de témoins, à ce qu’il paraît. À quoi sert-il de faire venir une femme pour se lamenter et ennuyer les juges ? c’était moi qu’il aurait dû faire citer, et je leur aurais fait une telle déposition qu’on n’aurait pu toucher à un seul cheveu de sa tête. — Eh bien, ne pouvez-vous pas encore essayer ? dit le laird ; je vais faire un signe à Novit. — Non, non, dit Saddletree, c’est inutile, voisin ; ce serait une déposition spontanée, et je sais ce qui en arrive : mais Michel Novit aurait dû me faire citer debito tempore. » Là-dessus, essuyant sa bouche avec son mouchoir de soie et d’un air d’importance, il reprit l’attitude et la figure d’un auditeur intelligent et intéressé.