Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/279

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grâce ? » demanda Jeanie avec vivacité. « Il y a des gens qui disent qu’il ne peut pas faire grâce dans des cas de meur… dans un cas comme le sien. — S’il peut faire grâce, ma chère ? certainement qu’il le peut quand il le veut. Ne l’a-t-il pas fait au jeune Singleswoord qui avait tué le laird de Ballencleugh, et au capitaine Hackum, cet Anglais qui avait tué le mari de lady Colgrain, et au jeune Saint-Clair, qui avait tiré sur les deux Shaw, et à bien d’autres encore de mon temps ? Il est vrai que c’étaient des gentilshommes, et qu’ils avaient leurs parents pour solliciter en leur faveur… Et dernièrement encore, n’a-t-il pas fait grâce à John Porteous ?… Ah ! je vous assure qu’il a le pouvoir de faire grâce ; la seule difficulté est de l’obtenir. — Porteous ? dit Jeanie, c’est vrai ; j’oublie ce dont je devrais le plus me souvenir. Adieu, mistress Saddletree, et puissiez-vous ne jamais manquer d’amis dans le malheur ! — Est-ce que vous allez quitter votre père, Jeanie ? Mon enfant, vous feriez mieux de rester, dit mistress Saddletree. — On a besoin de moi là-bas, » dit-elle en montrant de la main la prison, « et il faut que je le quitte maintenant, sans quoi je n’en aurai jamais le courage… Je ne crains pas pour sa vie… Je sais combien il a de courage ; je le sais, » ajouta-t-elle en posant la main sur sa poitrine, « par ce que mon propre cœur éprouve en ce moment. — Eh bien, mon enfant, si vous pensez que ce soit pour le mieux, qu’il reste ici à se reposer, du moins avant de retourner à Saint-Léonard. — Certainement, et je vous en remercie. Dieu vous bénisse ! Je vous en prie, ne le laissez pas partir avant d’avoir reçu de mes nouvelles. — Mais vous reviendrez bientôt, dit mistress Saddletree ; on ne vous permettra pas de rester là-bas. — Oui, mais il faut que j’aille à Saint-Léonard… J’ai beaucoup à faire et peu de temps devant moi… Dieu vous accorde sa bénédiction… Je vous recommande mon père. »

Elle était déjà à la porte de la chambre lorsque, se retournant tout à coup, elle revint et s’agenouilla auprès du lit. « Ô mon père, donnez-moi votre bénédiction ; je n’ose partir que vous ne m’ayez bénie ; dites-moi seulement : Que le bon Dieu te bénisse et t’accompagne, Jeanie ! Essayez seulement de prononcer ces mots-là. »

Le vieillard, plutôt par instinct que par l’effet d’une volonté intelligente, murmura une prière pour que les bénédictions divines se multipliassent sur sa tête.