Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/280

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« Il a béni mon projet, » dit Jeanie en se relevant, « et quelque chose me dit que je réussirai. »

En parlant ainsi elle sortit de la maison.

Mistress Saddletree la regarda partir en secouant la tête. « Je souhaite qu’elle jouisse de sa raison, la pauvre fille ! Il y a quelque chose de singulier dans tous ces Deans… Je n’aime pas que les gens croient ainsi valoir mieux que les autres ; il est rare qu’il en résulte quelque chose de bon. Mais si elle est allée visiter les bestiaux à Saint-Léonard, c’est une autre affaire ; il faut bien qu’on en ait soin. Grizzie, montez et prenez soin de ce bon vieillard ; veillez à ce qu’il ne manque de rien… Folle que vous êtes, » dit-elle en s’adressant à sa servante quand elle rentra, « à quoi bon relever vos cheveux de cette manière ? je crois qu’il y a eu un terrible exemple aujourd’hui du danger de la coquetterie ; voyez où tout cela vous conduit. »

Laissant là la bonne dame continuer de prêcher contre les vanités du monde, nous transporterons le lecteur dans la petite cellule où la malheureuse Effie Deans venait d’être renfermée, étant depuis sa condamnation plus étroitement resserrée, et privée de plusieurs privilèges dont elle avait joui avant que la sentence fût prononcée.

Il y avait à peu près une heure qu’elle était dans cet état d’horreur et de stupéfaction si naturel à sa position, lorsqu’elle en fut tirée par l’ouverture des verrous qui fermaient sa porte, et Ratcliffe parut devant elle. « C’est votre sœur qui veut vous parler, Effie, dit-il. — Je ne puis voir personne, » dit Effie aigrie par son malheur, et avec cette irritabilité qu’il fait naître ; « je ne puis voir personne, et moins elle que tout autre. Dites-lui qu’elle prenne soin de son vieux père ; je ne suis plus rien pour eux maintenant, ni eux pour moi. — Elle dit qu’il faut qu’elle vous voie, pourtant, » reprit Ratcliffe ; et en ce moment Jeanie s’élançant dans la chambre, se précipita au cou de sa sœur qui cherchait en vain à se soustraire à ses embrassements.

« À quoi sert-il de venir ainsi pleurer près de moi, dit la pauvre Effie, quand vous m’avez tuée ? tuée quand un mot de votre bouche m’aurait sauvée ; tuée quand je suis innocente, innocente de ce crime du moins, moi qui me serais sacrifiée corps et âme pour vous sauver un doigt de la main ? — Vous ne mourrez pas ! » dit Jeanie avec tout l’enthousiasme du courage. Dites-moi ce que vous voudrez, pensez de moi ce qu’il vous plaira ; promettez-moi