Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/288

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ments que les femmes de tous les rangs savent, comme par instinct donner à propos, aurait pu la rendre maîtresse de toutes ces propriétés. D’ailleurs ses connaissances et son goût étaient en rapport avec son état, le pays et le temps où elle vivait, et elle trouvait que le château de Dumbiedikes, quoique inférieur à Holy-Rood ou au château de Dalkeith, était un bel édifice dans son genre, et entouré de terres qui deviendraient bonnes si elles étaient mieux soignées. Mais Jeanie Deans, fille simple, loyale et pure, tout en admirant la splendeur de l’habitation de son ancien adorateur, et reconnaissant la valeur de ses domaines, était incapable de concevoir la pensée de faire au laird, à Butler et à elle-même le tort que beaucoup de femmes d’un plus haut rang n’auraient pas hésité à faire à tous trois avec de plus faibles motifs de tentation.

Ayant affaire au laird lui-même, elle regarda tout autour de la cour si elle ne trouverait pas un domestique qui pût aller le prévenir qu’elle désirait lui parler. Le plus profond silence régnait partout. Elle se hasarda à ouvrir une porte ; c’était l’ancien chenil où l’on attachait les chiens du vieux laird, et qui était maintenant abandonné, excepté quand on y faisait la lessive, comme l’indiquaient deux ou trois baquets qu’elle y aperçut. Elle en trouva une autre ; c’était un endroit sans toiture, où l’on gardait les faucons autrefois, comme l’attestaient quelques bâtons complètement pourris qui leur avaient servi à se percher, et d’autres objets à leur usage appendus au mur, où ils tombaient de vétusté. Une troisième porte la conduisit à l’endroit où l’on tenait le charbon, dont il y avait une bonne provision, un bon feu étant presque la seule chose dans le ménage que le laird de Dumdiedikes se plût à entretenir activement : sur tous les autres points, il était complètement insouciant et à la merci de sa femme de charge, cette même commère de bonne mine que son père lui avait léguée depuis longtemps, et qui, si la renommée ne la calomniait pas, avait trouvé moyen de se faire un bon nid à ses dépens.

Jeanie alla de porte en porte, comme le second Calender borgne dans le château des cent demoiselles obligeantes, jusqu’à ce que, de même que ledit prince errant, elle fût parvenue à une écurie. Le pégase écossais, qui en était le seul habitant de son espèce, était son ancienne connaissance Rory Bean, qu’elle avait vu paître dans la prairie, comme il ne lui fut pas difficile de le reconnaître à ses anciens harnais et à sa selle, qui étaient pendus à la muraille, mais de manière à traîner sur le fumier. L’autre partie de l’écurie