Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/289

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était habitée par une vache, qui tourna la tête et mugit quand Jeanie entra ; appel que ses occupations habituelles lui firent parfaitement comprendre, et auquel elle ne put s’empêcher de répondre en donnant un peu de fourrage à l’animal, qui avait été négligé, comme tout le reste, dans ce château de la paresse.

Tandis qu’elle donnait à la mère laitière la pitance qu’elle aurait dû recevoir deux heures plus tôt, une fille de basse-cour assez mal vêtue vint mettre le nez à la porte de l’écurie, et voyant qu’une étrangère s’occupait des devoirs pour l’accomplissement desquels elle s’était arrachée au sommeil avec tant de répugnance, elle s’écria, tout effarée : « Eh ! mon Dieu ! mon Dieu ! le brownie ! le brownie[1] ! » et s’enfuit en criant comme si elle avait vu le diable.

Pour expliquer sa terreur, il est bon d’observer ici que la vieille habitation de Dumbiedikes, suivant les bruits du pays, était regardée comme hantée par un brownie, ou un de ces esprits familiers qu’on supposait, dans les anciens temps, fréquenter une maison pour y réparer les oublis ou les négligences des domestiques ;

Pour y promener l’époussette
Ou même y lever le fléau,
En y réparant en cachette
L’oubli d’un serviteur paresseux ou nouveau.

Certes, ce secours surnaturel ne fût venu nulle part plus à propos que dans une maison où les domestiques étaient si peu disposés à l’activité. Cependant cette servante, loin de se réjouir de voir son substitut aérien remplir les fonctions dont elle aurait dû s’être acquittée depuis long-temps, se mit à pousser des cris de terreur, comme si le brownie l’eût écorchée vive, et ses cris réveillèrent toute la maison. Jeanie, qui avait sur-le-champ abandonné son occupation momentanée et qui suivait dans la cour la damoiselle effrayée, afin de la détromper, y rencontra mistress Janet Balchristie, la sultane favorite du feu laird, suivant la chronique scandaleuse, et la femme de charge du propriétaire actuel. Cette dernière, que nous avons décrite en rapportant la mort du vieux laird, comme une femme entre quarante et cinquante ans, fraîche encore et de bonne mine, était maintenant une vieille et corpulente duègne d’environ soixante-dix ans, à figure bour-

  1. On voit par ce qui suit quelle sorte d’être surnaturel était désigné en Écosse par ce mot. a. m.