Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/293

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rer le thé et remettre de l’eau dans la théière ; et écoutez, faites attention surtout qu’il y ait un bon feu… Eh bien ! Jeanie, ma fille, entrez donc, entrez par là, et venez vous reposer. — Non, laird, » reprit Jeanie en essayant de parler avec calme, quoiqu’elle tremblât encore un peu ; « je ne puis pas m’arrêter… j’ai une longue journée de route à faire aujourd’hui… Il faut que je sois à vingt milles d’ici ce soir, si mes pieds ne refusent pas de m’y porter. — Que le bon Dieu vous protège ! à vingt milles d’ici, à vingt milles, à pieds ! » s’écria Dumbiedikes, dont les promenades étaient toujours très-circonscrites. « Vous n’y pensez pas ; allons, entrez. — Je ne le puis, laird : les deux mots que j’ai à vous dire, vous pouvez les entendre ici, quoique mistress Balchristie… — Le diable emporte mistress Balchristie ! dit Dumbiedikes, et il en aura sa charge… Je vous dis, Jeanie Deans, que je ne suis pas un grand parleur ; mais je suis maître chez moi, au dedans comme au dehors, et du diable s’il y a quelqu’un ici dont je ne sache me faire obéir quand je veux, excepté Rory Bean mon bidet ; mais je n’aime pas à m’en donner la peine, excepté quand mon sang est échauffé une fois. — Je voulais vous dire, laird, » dit Jeanie qui sentait la nécessité de lui expliquer son affaire, « que je vais entreprendre un long voyage à l’insu de mon père. — À son insu, Jeanie ?… Est-ce bien à vous ?… Pensez-y bien ; vous avez tort, » dit Dumbiedikes dont la figure exprimait un grand intérêt.

« Si j’étais une fois à Londres, dit Jeanie, je suis presque sûre que je trouverais moyen de parler à la reine, pour lui demander la grâce de ma sœur. — Londres ! la reine ! la vie de sa sœur ! » s’écria Dumbiedikes en sifflant d’étonnement : « la pauvre fille a perdu la tête. — Je n’ai pas perdu la tête, dit-elle ; et quoi qu’il arrive, je suis bien déterminée à aller à Londres, quand je devrais demander mon pain sur la route de porte en porte ; et c’est ce qu’il faudra que je fasse, à moins que vous ne vouliez me prêter une petite somme pour fournir à mes dépenses… Il me faudra peu de chose ; et vous savez que mon père est à son aise, et qu’il ne voudra pas que personne, et vous moins que tout autre, laird, perde quelque chose à cause de moi. »

Dumbiedikes en entendant cette demande pouvait à peine en croire ses oreilles. Il ne fit aucune réponse, et resta les yeux attachés sur la terre.

« Je vois que vous ne voulez pas m’aider, laird, dit Jeanie ; ainsi donc, adieu… Allez je vous prie, voir mon pauvre père aussi sou-