Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/316

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mœurs de chaque individu qui lui appartient : cette opinion, si elle était mal fondée, serait détruite par l’expérience. D’ailleurs, si l’on considère cette partialité nationale comme un nouveau lien qui attache l’homme à l’homme et dispose celui qui en a les moyens à rendre à ses compatriotes les services dont ils peuvent avoir besoin, nous pensons qu’il doit aussi être considéré comme un motif de générosité plus actif et plus puissant que cette bienveillance générale dont tous les hommes sont indistinctement l’objet et qui sert souvent de prétexte pour n’en secourir aucun.

Mistress Bickerton, maîtresse de l’auberge du Lever-des-Sept-Étoiles dans Castle-Gate à York, partageait les sentiments de ses compatriotes, ce qui fit qu’elle témoigna tant d’obligeance à Jeanie (et il faut dire aussi qu’elle était née dans le comté voisin du Mid-Lothian, dont était Jeanie), et lui exprima un intérêt si maternel et tant d’inquiétude pour le reste de son voyage, que Jeanie, quoique d’un caractère réservé et prudent, crut pouvoir lui communiquer toute son histoire.

Mistress Bickerton leva les yeux et les mains au ciel à ce récit, et témoigna beaucoup d’étonnement et de compassion, mais elle lui donna aussi de très-bons avis.

Elle désira savoir ce qui composait les finances de Jeanie ; et celle-ci lui ayant montré sa bourse qui, par ce qu’elle avait laissé à Libberton et par les frais nécessaires de la route, se trouvait réduite à 15 livres sterling. « Ceci, dit-elle, suffit et au-delà, pourvu que vous puissiez, sans accident, la porter à Londres. — Sans accident ! dit Jeanie : je réponds bien de l’y porter sans qu’il y manque rien que ce que j’en aurai ôté pour les dépenses nécessaires. — Et les voleurs donc, mon enfant ? car vous êtes venue dans un pays plus civilisé, c’est à-dire plus corrompu que le vôtre ; et comment échapperez-vous aux dangers de la route ? c’est ce que je ne sais pas et ce qui me fait trembler pour vous. Si vous pouviez attendre ici, huit jours, le départ de nos chariots, je vous recommanderais à Joe Broadwheel, qui vous conduirait saine et sauve au Cygne-à-deux-Têtes… Et je vous conseillerais de ne pas vous fâcher s’il voulait vous dire quelques douceurs en chemin (continua mistress Bickerton, en mêlant souvent à son anglais son dialecte national), car c’est un garçon laborieux et utile, et qui a la meilleure réputation possible sur la route ; les Anglais ne font pas de mauvais maris, témoin mon pauvre homme, Moïse Bickerton, qui est dans le cimetière. »