Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/378

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ces de la vie éternelle. — Mes espérances, dit Staunton, furent donc ainsi trompées une seconde fois. Je m’occupai ensuite de la faire acquitter de cette accusation par votre moyen. Vous ne pouvez avoir oublié dans quel lieu et de quelle manière je m’y pris pour vous convaincre. Je ne puis blâmer votre refus, depuis que je vois qu’il était fondé sur vos principes et ne provenait pas d’une indifférence coupable à l’égard de votre sœur. Quant à moi, j’étais fou de désespoir ; je ne savais plus de quel côté me tourner ; tous mes efforts étaient impuissants. Dans cette situation, et poursuivi de tous côtés, je songeai à recourir à ma famille et à son influence. J’abandonnai l’Écosse ; j’arrivai chez mon père ; le changement de mes traits, la violence de mes remords obtinrent de lui ce pardon qu’un père a toujours de la peine à refuser, même au fils qui le mérite le moins. Et depuis j’ai attendu ici, dans des angoisses d’esprit qu’un criminel pourrait envier, l’issue du jugement de votre sœur. — Sans prendre aucune mesure pour la sauver ? dit Jeanie. — J’espérais jusqu’à la fin que son affaire se terminerait plus favorablement, et il n’y a que deux jours que la fatale nouvelle m’est parvenue. Ma résolution fut bientôt prise. Je montai mon meilleur cheval dans l’intention de me rendre à Londres en toute hâte, et là d’obtenir de sir Robert Walpole la vie de votre sœur, en lui livrant dans la personne de l’héritier des Willingham, le fameux George Robertson, le complice de Wilson, le chef de l’insurrection qui enfonça les portes de la prison du Mid-Lothian et mit à mort Porteous. — Comment cela pouvait-il sauver ma sœur ? » demanda Jeanie avec étonnement.

« Oui, sans doute d’après la manière dont j’aurais fait mes conditions. Les reines aiment la vengeance tout autant que leurs sujets. Quelque peu de cas que vous en fassiez, c’est un mets qui flatte tous les goûts, depuis celui du prince jusqu’à celui du dernier paysan. Les premiers ministres n’estiment pas moins ce qui peut leur fournir l’occasion de faire la cour à leurs souverains en flattant leurs passions. Qu’est-ce que la vie d’une obscure villageoise en comparaison d’un si haut intérêt ? Je pourrais demander le plus précieux des joyaux de la couronne pour porter au pied du trône la tête d’un aussi insolent conspirateur, que je serais sûr de l’obtenir. Tous mes autres projets ont échoué, mais celui-ci ne pouvait que réussir. Le ciel est juste cependant ; il n’a pas voulu me laisser l’honneur d’offrir à votre sœur cette expiation volontaire de tout le mal que je lui ai fait. Je n’avais pas fait dix milles,