Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/410

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que le roi en recueillit l’honneur et l’avantage, sentant bien que le meilleur moyen de conserver son autorité était de rendre respectable celle de son mari. Elle avait un désir si vif de se conformer à tous ses goûts, qu’à l’époque où elle était menacée de la goutte, elle eut fréquemment recours aux bains froids pour en arrêter les accès, afin de pouvoir accompagner le roi dans ses promenades, au péril de sa vie.

Il entrait dans le plan de conduite de la reine Caroline, et en ce point elle était conséquente dans sa politique, de conserver des relations particulières avec ceux qu’elle traitait défavorablement en public, ou qui pour diverses raisons étaient mal vus à la cour. De cette manière, elle tenait entre ses mains le fil de plusieurs intrigues politiques, et, sans s’engager à rien, empêchait souvent le mécontentement de se changer en haine, et l’opposition de dégénérer en rébellion. Si par quelque accident des liaisons de ce genre venaient à se découvrir, ce qu’elle prenait tous les moyens possibles d’empêcher, elle les représentait comme des liaisons de société qui n’avaient aucun rapport à la politique, et le premier ministre lui-même, sir Robert Walpole, fut obligé de se contenter d’une semblable réponse, quand il découvrit que la reine avait donné audience à Pulteney, depuis comte de Bath, son ennemi le plus redoutable et le plus invétéré.

En voyant le soin que la reine Caroline prenait de conserver ainsi des liaisons avec les personnes qui semblaient le plus éloignées du parti de la couronne, on supposera facilement qu’elle s’était gardée de rompre entièrement avec le duc d’Argyle. Sa haute naissance, ses grands talents, l’estime dont il jouissait dans son pays, les grands services qu’il avait rendus à la maison de Brunswick en 1715, le plaçaient au rang de ceux qu’on ne peut mépriser sans danger. C’était lui qui par sa seule habileté, et presque sans aucune assistance, avait arrêté l’irruption des montagnards écossais que leurs chefs avaient rassemblés, et on ne pouvait douter qu’il ne lui fût facile d’exciter un nouveau soulèvement parmi eux, et de renouveler la guerre civile. On savait en outre que les ouvertures les plus flatteuses avaient été faites au duc par la cour de Saint-Germain. Le caractère et les dispositions de l’Écosse n’étaient pas encore bien connus, et on regardait ce pays comme un volcan qui pouvait rester calme pendant quelques années, mais qui, au moment où l’on s’y attendrait le moins, pouvait produire l’éruption la plus dangereuse. Il était donc de la