Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/541

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« Je n’ai pu obtenir de mistress Butler, » dit lady Staunton au capitaine dans un moment où Jeanie avait quitté le parloir, « qu’elle voulût entendre parler d’aucun des dédommagements que j’aurais voulu lui offrir pour être venue ainsi prendre sa maison d’assaut et y mettre garnison… — Certainement, milady, mistress Butler sait trop bien ce qu’il convient de faire, pour rien accepter de la part d’une dame qui vient de la part du duc ou de la mienne, ce qui est la même chose… Mais, à propos de garnison, je fus mis en garnison, en 1745, avec vingt de mes gens, dans la maison d’Inver-Gavy, ce qui pensa être malheureux, car… — Je vous demande pardon, monsieur ; mais je voudrais bien trouver quelque moyen de dédommager cette bonne dame. — Oh ! il est inutile de penser à cela ! ne vous en occupez pas, madame, je vous prie, cela ne lui donne aucune peine… Ainsi donc, étant dans cette maison d’Inver-Gavy, et les gens des environs m’étant suspects, je me méfiai de quelque chose, et… — Sauriez-vous, par hasard, monsieur, demanda lady Staunton, si l’un de ces deux jeunes gens, je veux parler des jeunes Butler, aurait quelque inclination pour la carrière militaire ? — En vérité, milady, je ne saurais vous le dire, répondit Knockdunder… Et ainsi donc, voyant, comme je le disais, que les gens étaient suspects et qu’il ne fallait pas s’y fier ; et entendant une cornemuse dans les bois, je dis à mes gens de faire attention à leurs amorces, et… — C’est que, » dit lady Staunton avec l’indifférence la plus cruelle pour le récit du pauvre Knockdunder que morcelaient impitoyablement ses interruptions continuelles, « c’est que, s’il en était ainsi, sir George n’aurait besoin que de demander l’épaulette pour l’un d’eux au ministre de la guerre ; car nous avons toujours soutenu le gouvernement, et jamais nous n’avons rien demandé aux ministres. — Et je prendrai la liberté de vous dire, madame, » dit Duncan qui commençait à prendre goût à ce discours, « que j’ai un grand garçon de neveu, appelé Duncan Mac-Gillan, aussi fort à lui seul que les deux Butler ensemble ; et puisqu’il n’y a que la peine de demander, si sir George voulait en demander une pour lui en même temps, afin de ne pas y revenir à deux fois… »

Lady Staunton ne répondit à ce discours que par un de ces regards d’étonnement familiers aux gens du grand monde, et qui ne donna au pauvre Duncan aucune espèce d’encouragement.

Jeanie rentra alors. Son étonnement ne pouvait cesser quand