Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/547

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


la tête, et formant une épaisseur capable de résister à un coup de sabre. Cependant les yeux de ce jeune homme étaient vifs et étincelants, ses gestes pleins de noblesse et de liberté comme ceux de tous les sauvages. Il fit peu d’attention à Davie Butler, mais ses regards se fixèrent avec étonnement sur lady Staunton, probablement comme sur un être supérieur par sa parure et sa beauté à tout ce qu’il avait jamais vu. Le vieillard qu’ils avaient d’abord aperçu resta couché dans la posture où il était lorsqu’il les avait entendus : seulement sa figure était tournée de leur côté, et il les regardait avec un air d’apathie et d’insouciance qui semblait démentir l’expression ordinaire de ses traits sauvages et durs. Il était d’une très-haute taille, mais n’était guère mieux vêtu que le plus jeune. Il portait une espèce de mauvaise redingote de la même forme que celle des habitants des basses terres, et un vieux pantalon en lambeaux.

Tout, autour d’eux, avait un air sauvage et de mauvais augure. Sous la saillie du rocher qui servait de toit était un feu de charbon de bois sur lequel on voyait un alambic ; à côté, un soufflet, des pincettes, un marteau, une enclume portative, et d’autres instruments de forgeron ; trois fusils, deux ou trois sacs et autant de barils étaient appuyés contre la paroi du rocher, dans le fond de cet antre ; un poignard, deux épées et une pique étaient dispersés autour du feu, dont la lueur rougeâtre se reflétait sur l’écume et la vapeur produites par la cascade. Lorsque le jeune homme eut satisfait sa curiosité en regardant quelques instants lady Staunton, il alla chercher un vase de terre et une corne qui servait de tasse, et dans laquelle il versa une liqueur spiritueuse qui, chaude encore, paraissait sortir de l’alambic, et la présenta successivement à la dame et à son jeune compagnon. Tous deux refusèrent, et le jeune sauvage avala lui-même la liqueur, dont il ne pouvait y avoir moins de trois verres ordinaires. Il alla ensuite chercher une autre échelle qui était dans un coin de la caverne, l’appuya contre le roc transversal qui servait de toit, et fit signe à la dame d’y monter pendant qu’il en tiendrait le pied. Elle le fit, et se trouva sur le sommet d’un large rocher au bord du gouffre dans lequel le torrent se précipitait ; elle voyait la cascade s’échapper en bouillonnant le long du rocher, semblable à la crinière flottante d’un cheval sauvage ; mais elle ne pouvait apercevoir la plate-forme inférieure, où elle avait couru si grand danger de la vie.