Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/96

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réussi ; car sa fortune sembla, depuis cet événement, s’être beaucoup améliorée.

Sa division était cantonnée dans le village de Dalkeith, comme formant la garde particulière de Monk qui, en sa qualité de général de la république, résidait dans le château voisin. Quand, à la veille de la Restauration, le général fut sur le point de sortir d’Écosse, il réorganisa son armée, et plus particulièrement le corps dont les soldats l’approchaient tous les jours, de manière à n’avoir plus que des troupes qui lui fussent entièrement dévouées. À cette occasion, Stephen-l’Écriture fut pesé dans la balance et trouvé trop léger. Il ne devait pas avoir grand goût pour une expédition qui pouvait compromettre le règne de la suprématie militaire ; il ne pouvait pas croire que sa conscience lui permît de combattre dans les rangs d’une armée qui finirait probablement par rétablir sur le trône Charles Stuart, le fils du dernier homme, ainsi que les indépendants appelaient familièrement et sans respect Charles Ier non seulement dans leurs conversations ordinaires, mais encore dans leurs prédications et dans leurs harangues les plus soignées. On ne pouvait, vu l’époque, casser un soldat pour une telle dissidence d’opinion ; on lui conseilla amicalement de céder son cheval et son équipement à un vieux soldat de Middleton, qui avait une conscience militaire plus accommodante, et dont les opinions se réglaient toujours sur celles du colonel et du payeur. Comme cet avis était appuyé de l’offre de lui payer comptant tout l’arriéré de sa solde, Stephen eut assez de sagesse humaine pour y adhérer, et vit avec indifférence son ancien régiment partir de Goldstream par la route du sud, pour aller établir sur une base nouvelle le gouvernement chancelant d’Angleterre.

La ceinture de l’ex-soldat, pour me servir du mot d’Horace, était assez pesante pour qu’il pût acheter une petite maison et deux ou trois pièces de terre, qui portent encore le nom de Beersheba, à environ un mille écossais de Dalkeith, où il se choisit une jeune compagne qui, dans l’espoir de posséder un jour l’honnête fortune de son mari, déjà si près de la tombe, s’accommoda des manières bourrues, du caractère sérieux et de la figure basanée du soldat fanatique. Stephen ne survécut pas long-temps au malheur de tomber dans les mauvais jours et de passer sous les mauvaises langues, deux calamités dont Milton se plaint avec tant d’amertume dans une situation pareille. À sa mort, il laissa