Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/162

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ces drôles que vous croyez si timides, ils ne sont que trop disposés à justifier leur désobéissance, quand même elle serait moins excusable que celle de cette nuit. D’ailleurs, je leur avais promis l’impunité… Avez-vous d’autres ordres à me donner ?

— Aucun, bon Guarine, dit Éveline ; mais recevez cette légère bagatelle pour donner du vin à vos soldats et les dédommager de cette triste nuit. Maintenant qu’il est parti, dis-moi, jeune fille, es-tu convaincue que la figure que tu as vue n’était pas terrestre ?

— Je dois en croire mes yeux et mes oreilles, madame, répondit Rose.

— Alors, laisse-moi le même privilège, dit Éveline ; mais crois-moi, mon libérateur (car je dois l’appeler ainsi) portait les traits de quelqu’un qui n’était ni ne pouvait être dans le voisinage de Baldringham… Dis-moi seulement une chose… que penses-tu de cette prédiction extraordinaire.

« Fiancée et veuve à la fois,
Avec un époux, fille encore.
Tu trahiras ; et puis tu dois
Être délaissée à la voix
De celui même qui t’adore ?

— Que vous pouvez être trahie, ma très-chère maîtresse, mais que vous ne trahirez jamais personne, » répondit Rose avec vivacité.

Éveline tendit la main à son amie, et pressant affectueusement celle de Rose, elle lui dit à voix basse, mais avec fermeté : « Je te remercie d’un jugement dont mon cœur me dit que je suis digne. »

Un nuage de poussière annonça l’approche du connétable de Chester et de sa suite ; sir William Herbert, avec plusieurs de ses voisins et de ses parents, vinrent présenter leurs respects à l’orpheline de Garde-Douloureuse, nom sous lequel Éveline était connue.

Éveline remarqua qu’en la saluant, de Lacy paraissait surpris et mécontent de la négligence de sa parure et de son équipage, négligence occasionnée par la précipitation de son départ de Baldringham. Elle fut aussi frappée de l’expression de sa physionomie, qui semblait dire : « Je ne dois pas être traité comme un personnage ordinaire, avec lequel on peut se dispenser d’attentions et d’égards. » Pour la première fois elle pensa que les traits du connétable, déjà dépourvus de grâce et de beauté,