Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/185

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


pêtres. Il y avait aussi d’autres mots qu’il articulait si bas qu’ils étaient tout à fait inintelligibles.

Le cœur encore plus attendri pour les souffrances de son neveu, à mesure qu’il entendait sur quel point son esprit s’égarait, le connétable appliqua deux fois sa main sur la serrure pour entrer dans la chambre, et deux fois y renonça : ses yeux étaient pleins de larmes, et il n’aurait pas voulu se montrer dans cet état. Enfin, il quitta promptement la maison, monta à cheval, et, suivi seulement de quatre serviteurs, il se rendit au palais de l’évêque, où il avait appris par la voix publique que l’archiprélat Baudouin avait fixé sa résidence momentanée.

La foule de cavaliers et de chevaux de main, de bêtes de somme, de vassaux, de serviteurs, de laïques, d’ecclésiastiques, et d’habitants qui entouraient la porte du palais, les uns pour contempler ce brillant cortège, les autres pour obtenir la bénédiction du saint prélat, était si grande, que le connétable eut beaucoup de peine à entrer dans le palais ; et quand il eut surmonté cet obstacle, il en rencontra un autre dans l’obstination des serviteurs de l’archevêque, qui ne lui permirent pas, quoique annoncé par son nom et son titre, de franchir le seuil sans avoir reçu l’ordre exprès de leur maître.

Le connétable sentit tout l’effet de cette réception méprisante. Il était descendu de cheval, certain d’être admis aussitôt, sinon en présence du prélat, au moins dans le palais ; et quand il se trouva à pied parmi les écuyers, les valets et les palefreniers du lord spirituel, il en fut si dégoûté, que son premier mouvement fut de remonter à cheval et de retourner à son pavillon, campé pour le moment devant les murs de la ville, laissant à l’évêque le soin de venir l’y chercher s’il désirait réellement une entrevue. Mais le besoin d’une conciliation lui revint presque aussitôt à l’esprit, et surmonta le premier mouvement de son orgueil offensé. « Si notre sage monarque, se dit-il, a tenu l’étrier à un prélat de Cantorbéry quand il existait, et s’est soumis aux règles les plus dégradantes après sa mort, certes, je ne dois pas être trop scrupuleux envers son successeur dans cette grande autorité. » Une autre pensée, qu’il osait à peine s’avouer, lui recommandait la même conduite humble et soumise. Il ne pouvait s’empêcher de sentir qu’en cherchant à éluder ses vœux comme croisé il encourrait une juste censure de la part de l’Église, et il était assez porté à espérer que la réception froide et méprisante que lui faisait