Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/197

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Le messager du soir précédent entra dans la tente, tenant d’une main son petit bonnet à plumes, et de l’autre le luth sur lequel il venait de jouer. Son costume était fantasque, consistant en plusieurs soubrevestes de diverses couleurs, toutes des teintes les plus brillantes et les plus riches, et disposées de manière à faire contraste l’une avec l’autre. Le vêtement supérieur était un petit manteau normand d’un beau vert ; une ceinture brodée soutenait, en place d’armes offensives, un encrier et ses annexes d’un côté, et de l’autre un couteau pour la table. Ses cheveux étaient taillés à l’instar de la tonsure cléricale, afin d’indiquer qu’il était à un certain rang dans sa profession ; car la gaie science, ainsi qu’on nommait sa profession de ménestrel, avait ses divers rangs comme l’Église et la chevalerie. Les traits et les manières de l’homme semblaient différer de sa profession et de ses vêtements ; car, autant les derniers étaient joyeux et fantasques, autant les premiers avaient un air grave et presque sombre, qui, si ce n’est quand il était animé par l’enthousiasme de la profession poétique et musicale, semblaient plutôt indiquer une profonde réflexion que la vivacité étourdie qui caractérisait la plupart de ses confrères. Sa physionomie, sans être belle, avait quelque chose de frappant et d’expressif, surtout par son contraste avec les couleurs et la forme variée de ses vêtements, et le connétable se sentit assez disposée le protéger, en lui disant : « Bonjour, l’ami ; je te remercie de ta chanson de ce matin ; elle était bien chantée et bien dictée ; car, lorsque nous mandons quelqu’un pour lui rappeler comment passe le temps, nous devons supposer qu’il sait employer avec avantage ce trésor passager. »

L’homme, qui avait écouté en silence, sembla réfléchir et faire un effort avant de reprendre. « Mes intentions étaient bonnes au moins, quand je me hasardais à interrompre milord aussi matin ; et je suis bien aise d’apprendre qu’il n’est pas offensé de ma hardiesse.

— C’est vrai, dit le connétable ; vous aviez un don à me demander. Faites-le moi connaître promptement, car je suis pressé.

— C’est la permission de vous suivre en terre sainte, milord, dit l’homme.

— Tu demandes ce que je puis à peine accorder, mon ami, reprit de Lacy. Tu es un ménestrel, n’est-ce pas ?

— Un indigne gradué de la gaie science, milord, dit le musicien ; néanmoins permettez-moi de dire en ma faveur que je ne le