Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 8, 1838.djvu/101

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deront au pauvre vieux sir Henri Lee la permission de finir ses jours au milieu de ces chênes qu’il contemple avec tant de plaisir : c’est là le seul but de ma requête, et je crois que la faveur dont nous jouissons, mon père et moi, pourra s’étendre jusque là, surtout dans la situation présente… Comprends-tu ? — Parfaitement, répondit le Cavalier. S’étendre, dis-tu ?… j’aimerais mieux étendre une corde que d’entretenir un commerce avec ce vieux coquin, cet assassin de roi ! Mais j’ai dit que je t’obéirais, Markham, et diable m’emporte si je ne le fais pas ! — Sois donc prudent ; observe bien tout ce qu’il fera, ce qu’il dira, plus particulièrement ce qu’il fera : car Olivier est un de ces hommes dont les pensées sont plus faciles à deviner par les actions que par les paroles… Ah ! attends… je parie que tu allais partir sans argent ? — C’est malheureusement trop vrai, Mark ; mon dernier noble s’est fondu hier soir en compagnie de vos bandits de soldats. — Eh bien ! Roger, c’est un malheur facile à réparer, i dit-il en glissant sa bourse dans la main de son ami. « Mais ne faut-il pas que tu sois fou et cerveau brûlé pour te mettre en route sans avoir de quoi payer ton écot ?… Comment aurais-tu donc fait ? — Ma foi, je n’y ai point songé… J’aurais crié, par exemple, Halte-là ! au premier bourgeois ou au fermier curieux que j’aurais rencontré en route. C’est la ressource de plus d’un honnête garçon dans ces mauvais temps. — Pars donc, dit Éverard, sois prudent, ne fréquente pas tes connaissances, ces débauchés… retiens ta langue… et gare à la chopine… car sans quoi tu ne seras pas en sûreté. Parle peu, et point de jurements, ni de fanfaronnades surtout. — En un mot, je vois qu’il faut que je me métamorphose en un jeune et beau cavalier comme toi. Mark… Soit ; je suis capable, je pense, de jouer aussi bien que toi le rôle de Hope-on-high-Bomby[1]. Ah ! c’était le bon temps que celui où nous vîmes Mills remplir le rôle de Bomby au théâtre de la Fortune ! Alors, Mark, je n’avais pas perdu mon manteau brodé ni mes pendants d’oreilles, et toi tu n’avais pas le front sourcilleux ni tes moustaches à la puritaine ! — Ce n’était que de mondains plaisirs, Wiidrake, doux à la bouche et difficiles à digérer… Mais hâte-toi de partir ; et quand tu me rapporteras réponse, tu me trouveras ici ou à l’auberge de Saint-George, au petit bourg. Bon voyage… Seulement sois prudent. »

Le colonel resta alors plongé dans une profonde méditation. « Il me semble, se dit-il, que je ne me suis pas trop avancé avec le gé-

  1. Interlocuteur puritain d’un drame de Beaumont et Fletcher. a. m.