Page:Œuvres philosophiques de Leibniz, Alcan, 1900, tome 1.djvu/728

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Mais il y a erreur dans l’un et dans l’autre, comme il arrive ordinairement dans ces sortes de distinctions, parce qu’on n’a pris garde qu’a ce qui paraît le plus. Les plus abstraites pensées ont besoin de quelque imagination : et quand on considère ce que c’est que les pensées confuses, qui ne manquent jamais d’accompagner les plus distinctes que nous puissions avoir, on reconnaît qu’elles enveloppent toujours l’infini, et non seulement ce qui se passe en notre corps, mais encore par son moyen, ce qui arrive ailleurs ; et servent ainsi bien plus ici il notre but, que cette légion de substances dont parle M. Bayle, comme d’un instrument qui semblait nécessaire aux fonctions que je donne à l’âme. Il est vrai qu’elle a ces légions à son service, mais non pas au dedans d’elle-même. C’est donc des perceptions présentes avec la tendance réglée au changement, que se forme cette tablature de musique qui fait sa leçon. Mais, dit M. Bayle, ne faudrait-il pas qu’elle connut (distinctement) la suite des notes, et y pensât (ainsi) actuellement ? Je réponds que non : il lui suffit de les avoir enveloppées dans ses pensées confuses ; autrement. toute entéléchie serait Dieu. Car Dieu exprime tout distinctement et parfaitement à la fois, possible et existant, passé, présent et futur : il est la source universelle de tout, et les monades créées l’imitent autant qu’il est possible que les créatures le fassent ; il les a faites sources de leurs phénomènes, qui contiennent des rapports à tout, mais plus ou moins distincts, selon les degrés de perfection de chacune de ces substances. Où en est l’impossibilité ? Je voudrais voir quelque argument positif, qui menât à quelque contradiction, ou à l’opposition de quelque vérité prouvée. De dire que cela est surprenant, ce ne serait pas une objection. Au contraire, tous ceux qui reconnaissent des substances immatérielles indivisibles leur accordent une multitude de perceptions à la fois, et une spontanéité dans leurs raisonnements et actes volontaires. De sorte que je ne fais qu’étendre la spontanéité aux pensées confuses et involontaires, et montrer que leur nature est d’envelopper des rapports tout ce qui est au dehors. Comment prouver que cela ne se peut, ou qu’il faut nécessairement que tout ce qui est en nous, nous soit connu distinctement ? N’est-il pas vrai que nous ne saurions nous souvenir toujours, même de ce que nous savons, et où nous rentrons tout d’un coup, par une petite occasion de réminiscence ? Et combien de variétés ne pouvons-nous pas avoir encore dans l’âme, où il ne nous est point permis d’entrer si vite ? Autrement l’âme serait un Dieu,