Page:Abd-Allâh ibn Abd-Allâh - Le présent de l'homme lettré.djvu/41

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l’heure à laquelle aura lieu le jugement dernier, Jésus leur répondit : « Cette heure nul ne la connaît, pas même les anges qui sont dans le ciel, nul ne la connaît que le Père seul, c’est-à-dire Dieu ».

Par cette parole, Jésus se reconnaît inférieur en science aux anges et affirme que Dieu seul connaît l’heure du jour du jugement ; quant à lui il ne sait que ce que ce Dieu lui fait savoir.

De même, au chapitre XXVI de son Évangile, Matthieu dit : La nuit dans laquelle les Juifs avaient décidé de s’emparer de Jésus, pour le tuer, il fut angoissé et saisi d’une grande tristesse. Or, quiconque est triste et angoissé, n’est ni Dieu ni fils de Dieu aux yeux de tout homme de bon sens.

Venons maintenant à la seconde partie du dogme qui attribue à Jésus deux natures, une humaine et une divine, qui se sont fondues en une seule et même chose. Autant vaut dire que l’eau et le feu, la lumière et les ténèbres peuvent se fondre en une seule et même chose. L’une de ces choses étant justement le contraire de l’autre, l’impossibilité d’une fusion saute aux yeux. Comment donc pourrait-il entrer dans une raison saine que le Créateur des créatures, subsistant par lui-même, se soit fondu avec une de ses créatures au point de devenir avec elle une seule chose ! Et où donc était la nature divine quand la nature humaine était morte, puisqu’ils affirment que la nature divine s’était unifiée, mélangée avec la nature humaine et s’y était incarnée[1] ! Qu’est-ce qui a séparé les deux natures, quand le corps et la nature humaine furent frappés de verges, la tête couronnée d’épines, le corps pendu au bois et percé de lances, alors que Jésus criait sous les étreintes de l’épouvante et de la frayeur ? La nature divine était-elle absente dans ces moments terribles, malgré la fusion et l’incarnation ?

Il est vrai que les chrétiens prétendent qu’au moment de la crucifixion, la nature divine avait abandonné Jésus et était descendue aux enfers pour en faire sortir les prophètes ; qu’après cela elle vint rejoindre la nature humaine restée pendant ce temps ensevelie, la fit sortir du tombeau et monta avec elle au ciel, — mais toutes ces prétentions sont fausses et contraires au bon sens

    sage parallèle, Matth. XXIV, 36. Cette citation nous paraît prouver de nouveau que l’auteur cite de mémoire.

  1. Var. : Comme, selon eux, la nature divine était devenue identique à la nature humaine puisqu’elle s’était unifiée… qu’est-ce qui les a séparées quand, etc.