Page:Abeille - Coriolan, 1676.djvu/33

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J’aime : & ce qui me fait plus de honte en aimant,
La Victoire à ſes yeux n’a couſté qu’un moment.
C’eft par vous que mon cœur honteux qu’on le ſurmonte,
En eſpere à ſon tour la victoire auſſi prompte.
Vous pouvez d’un ſeul mot m’obtenir ſur le ſien,
Ce que d’un ſeul regard elle a pris ſur le mien.



CORIOLAN.

Mes ſoins vous ſont acquis, & voſtre amour m’honnore :
Mais il eſt important de le cacher encore.
Les Volſques ſans meſure ennemis des Romains
Pourroient impunément traverſer nos deſſeins.
Prenons Rome, Seigneur. La guerre eſtant finie,
Alors je vous répons des vœux de Valerie.
Juſques-là déguiſez.



AUFIDE.

Eh peut-on un moment
Ou la voir ſans l’aimer, ou ſe taire en l’aimant ?
J’ay parlé. Qui n’euſt cru ce moment favorable ?
Je voyois dans ma tente un objet adorable
Contre les fiers regards du ſoldat inſolent,
Chercher à mes genoux un azile en tremblant.
Ses pleurs me déguiſant la fierté de ſon ame,
D’une fauſſe douceur enhardiſſoient ma flame :
Et ſa mere ſembloit d’un œil encor plus doux
Inviter ſa tendreſſe à fléchir mon courroux.



CORIOLAN.

Quoy ? ſa mere en ces lieux l’auroit-elle ſuivie ?



AUFIDE.

Oüy, pour tyranniſer ma déplorable vie.
Par leurs ſoûpirs flateurs toutes deux m’ont ſeduit.
Je n’ay pû reſiſter. J’eſperois que la nuit