Page:Abeille - Coriolan, 1676.djvu/63

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Les armes à la main ſuivre à l’inſtant ſes traces,
Et porter aux Romains l’effet de nos menaces.



CAMILLE.

Nous n’attendons rien moins d’un bras touſiours vainqueur,
Mais enfin à mon tour je lis dans voſtre cœur.
Je voy que Valerie aigrit voſtre colere
Par l’eſpoir qu’elle donne à l’amour de mon frere ;
Qu’un pareil intereſt…



CORIOLAN.

Eh du moins pour un jour
Songeons à la victoire & laiſſons-là l’amour.



CAMILLE.

Oüy, mais avec l’amour laiſſons auſſi la feinte.
C’eſt pour une grande ame une laſche contrainte :
Et je n’aurois pas creu qu’un Heros tel que vous,
D’un ſecours ſi honteux duſt s’armer contre nous.



CORIOLAN.

Moy feindre ? moy couvrir d’un indigne artifice.



CAMILLE.

Vous, Seigneur, écoutez : & faite-vous juſtice.
Je vous ay vû couvert du ſang de nos ſoldats,
Menacer de vos fers & nous & nos Eſtats.
Je vous ay veu depuis banni de voſtre ville,
Venir dans mon Palais mandier un azile.
Voſtre merite eſtoit un outrage pour nous :
Et juſqu’à voſtre nom tout parloit contre vous ;
Cependant de quel œil vis-je voſtre miſere ?
Je vous fis partager le pouvoir de mon frere :
Contre ſes intereſts je devins voſtre appuy :
Et l’armée eſt à vous ſi le peuple eſt à luy.
Voila, s’il vous en reſte encor quelque memoire ;
Ce que me fit oſer le ſoin de voſtre gloire.