Page:Abensour - La Femme et le Féminisme avant la Révolution, 1923.djvu/246

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Malo, à La Rochelle, les femmes qui se livrent au commerce maritime sont très nombreuses[1].

Les revendeuses foisonnent à Paris, dans les principales villes et jusque dans de petites villes lorraines, comme Charleville. À Dijon, elles forment la communauté des revendeuses à la toilette et ont l’autorisation officielle de vendre des vêtements d’occasion, à condition de ne vendre que ceux-là pour ne pas faire concurrence aux tailleurs et aux couturières, et de ne rien acheter aux domestiques ni aux fils de famille.

Nous voyons fréquemment des femmes tenir boutique où s’entassent des marchandises prohibées et trouver, dans ce commerce illicite, l’occasion de fructueux bénéfices. Au début du xviiie siècle, à Caen, plusieurs femmes vendaient des toiles des Indes, de la Chine et du Levant dont le commerce était alors prohibé ; dans la même alle, une femme fait secrètement le commerce des laines[2] ; à Charleville, une revendeuse vend des marchandises prohibées. Enfin un grand nombre de femmes de Montpellier jouent, à la fin du xviiie siècle, un rôle tout particulier. Les commerçants juifs, très nombreux dans la région, s’étant vus, par la plainte des commerçants chrétiens, refuser le droit de tenir boutique dans les villes et d’y vendre leurs marchandises, étoffes de soie ou de damas, bijoux, colifichets, un grand nombre de femmes du peuple de Montpellier leur servirent d’intermédiaires officieuses. Elles entreposèrent chez elles les marchandises et les vendirent sous main à leurs amies, ou firent la place pour ces marchandises : leur bonne qualité et la modicité relative de leur prix engageaient les femmes à les acheter plutôt que celles des commerçants patentés. Malgré les plaintes faites par ceux-ci à l’intendant qui, d’ailleurs, refusait souvent de les écouter et les engageait à faire eux-mêmes concurrence aux juifs en baissant leurs prix, les femmes de Montpellier poursuivirent leur rôle fructueux d’intermédiaires.

Elles ont ainsi leur rôle dans l’histoire commerciale du Languedoc et dans la lutte qui, dans cette province, mit aux prises les juifs, représentant la liberté commerciale, et les négociants, membres des communautés représentant le monopole et la réglementation.

Un métier qui paraît assez largement ouvert aux femmes est celui de maîtresses de postes. Nous le trouvons effectivement exercé par des femmes dans un assez grand nombre de régions :

  1. Arch. Départ., Charente-Inférieure, B. 319.
  2. Arch. Départ., Calvados, C. 2849.