Page:Abensour - Les vaillantes, 1917.djvu/356

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térieuse, la femme de demain. Laissons de faciles prophètes s’égarer sur le fuyant terrain des anticipations et avouons que l’avenir nous échappe, trop d’éléments du présent nous faisant encore défaut. Qui pourrait aujourd’hui embrasser d’un seul regard la France de la victoire ? Qui pourrait lire dans l’âme, prévoir les actions, dessiner le rôle de la femme nouvelle ? Il faudrait, pour cela, connaître toutes les femmes du temps présent. Nous en connaissons seulement un petit nombre dont les manifestations intellectuelles comme les actes nous apparaissent contradictoires.

Celle-ci, jalouse d’une indépendance péniblement acquise, n’envisage qu’avec répugnance l’idée de retomber « sous le joug marital ». Celle-là soupire après le moment où elle retrouvera « aide et protection » au bras du plus fort. L’une, glorieuse d’avoir su tenir un rôle d’homme, fière de montrer à la face du monde que les femmes enfin comptent pour quelque chose, veut, la paix faite, prolonger son effort. L’autre, fatiguée de la lutte, n’aspire qu’à se décharger des durs devoirs de la vie sociale comme d’un trop lourd fardeau.

À quoi bon les douleurs de la maternité si elles doivent nous préparer, vingt ans après, des douleurs plus grandes ? crie une voix de femme. — Soyons mères au contraire ; donnons au pays de nombreux enfants, répondent d’autres voix. C’est le plus sûr moyen d’éviter le deuil et les larmes.

Si la guerre a fait quelques brebis égarées, elle en a ramené d’autres au bercail ; et sans préjuger de l’avenir, on peut bien dire que celles-ci sont plus nombreuses