Page:Académie française - Recueil des discours, 1860-1869, 1re partie, 1866.djvu/237

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veillance de quelques-uns de ses membres les plus influents qui l’avaient connu au parlement de Paris.

Mais, avant le jour fixé pour l’élection, il change tout à coup de résolution. Il met plus d’empressement à retirer sa candidature qu’il n’en avait mis à là produire. Il faut bien en dire le motif : c’est qu’il eut à se demander, le 21 mars 1804, si ces temps allaient revenir où le droit des gens n’était plus qu’un vain mot, les formes de la justice une sanglante comédie et où la vie humaine était sacrifiée aux plus détestables prétextes.

Deux années s’écoulent. Le premier consul devient empereur ; un éclat jusqu’alors inconnu se répand sur son trône. Le chef auguste de la religion catholique traverse les Alpes et vient le sacrer dans la cathédrale de Paris. L’empereur obtient par la victoire d’Austerlitz une autre consécration de son pouvoir nouveau. La France est fière et ravie. La contagion de l’enthousiasme et l’impatience d’être oisif, sans faire oublier la mort du duc d’Enghien, ramènent M. Pasquier à ses premières résolutions. Il cède aux insistances de Cambacérès, qui cherche à recruter les anciens noms parlementaires. Il est compris, en 1806, dans la première nomination des maîtres des requêtes au conseil d’État.

Vous voyez dans quelle situation il y arrive : il commence sa quarantième année. Il a été, très-jeune, livré à des épreuves fort au dessus de son âge ; mais depuis seize ans il n’a eu le maniement d’aucune affaire politique ; il a traversé la société en observateur intelligent et attentif. Il a vu l’homme dans ses conditions les plus opposées, d’égoisme et de dévouement, de frayeur et de courage, de déception et d’enthousiasme, d’abjection et de grandeur. Il l’a observé du