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LUC
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seconde !… Ses yeux transparents et jolis, à cette pensée, se font douloureux infiniment et trahissent sous son apparence mutine une redoutable nervosité qui, Dieu merci ! jusqu’alors n’a pas eu à s’exercer…


Monsieur Bréard par ci, mon cher Maître par là, — comme on gâche ce « cher Maître » ! Julien a vingt-cinq ans à peine ; on eût dit que le jeune artiste était le héros de la fête. On s’adressait à Julien pour obtenir par lui que Luc disposât de ses soirées au gré de chacun. Julien se défendait en riant d’être l’imprésario de son ami ; mais il ne se défendit plus quand la vicomtesse de Céailles, une grande dame, ayant désiré qu’il lui fût présenté, celle-ci exposa au jeune peintre des projets trop flatteurs pour Luc Aubry et trop charmeurs pour qu’il se récusât. Même il s’offrit en conseiller à la vicomtesse, heureuse qu’un tel artiste délicat voulût bien guider ses tentatives artistiques et s’y intéresser…

Quand la représentation fut achevée, tandis que les spectateurs se répandaient dans les jardins illuminés et les salons où l’on dansait déjà, Julien gagna discrètement le foyer des artistes, heureux d’apporter tout de suite à Luc la bonne nouvelle. Il trouva là, réunis et costumés encore, Durey-Colbert, Beurauly, le grand tragédien et l’épais comique de la Comédie-Française, Minotier, queue-rouge des Variétés, la toute charmante — épithète consacrée — Giraldet de l’Opéra-Comique, Yolande Ablett de l’Odéon, Mme Tissier de l’Opéra, et quatre ou cinq jeunes artistes du Vaudeville et du Conservatoire. Tous étaient d’une amabilité parfaite pour Lucet, même le gros Beurauly dont