Page:Acremant - Ces Dames aux chapeaux vert, 1922.djvu/168

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée
154
CES DAMES AUX CHAPEAUX VERTS

Arlette s’adresse alors à celui dont l’ombre se profile d’une façon très peu gracieuse :

— Monsieur Hyacinthe, voici ma cousine… Je vous la confie… Je vous la reprendrai dans dix minutes…

Pâle, frissonnante prête à défaillir, la vieille demoiselle est sans résistance. Elle s’appuie contre la muraille. De ses lèvres blanches, tombe cette phrase :

— Vous m’attendiez ?

Et le bon homme de lui répondre :

— Je vous attends depuis dix ans…

Arlette s’est esquivée. Comme elle voudrait que Jacques ne fût pas là ! Elle redoute ce rendez-vous ! Et comme elle serait triste si elle ne l’apercevait pas au premier angle, près de l’abside à gauche !

Jacques est debout au pied d’un formidable contrefort. Il l’accueille avec un sourire et lui serre gentiment les mains :

— J’étais sûr que vous viendriez…

— Chut ! plus bas !

— Pourquoi ?… il n’y a personne.

— Si… Ce soir on refuse du monde dans les angles de la cathédrale…

— Il est de fait qu’on y est très bien…

— Oui… Ce sont de vraies loggias…

— Pour amoureux !

— J’y ai amené ma cousine Marie à M. Hyacinthe…

— Pas possible ?

— Il faut que j’aille écouter si leur conversation ne languit pas trop…

— Vous avez des idées extraordinaires !

— Tant de gens en ont de trop ordinaires !… Attendez-moi, je reviens…

Silencieusement, elle glisse sur la pointe des pieds. Les coins d’ombre autour de l’abside ressemblent à des confessionnaux. Malgré lui, M. Hyacinthe, saisi par le mystère du lieu, parle bas comme s’il énumérait avec contrition une longue suite de péchés tous mortels. Arlette comprend quelques phrases et rejoint Jacques :

— Ça va ?

— Oui… ça va très bien… Il lui raconte la mort de sa maman… Il en a pour une demi-heure, car elle a beaucoup souffert…