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Page:Adèle Esquiros histoire d-une sous-maitresse 1861.djvu/80

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cœur n’appartiendrait pas à tous, mais à un seul.

« Vous voyez, chère maîtresse, je peux être femme de lettres : j’ai la force. Espérer qu’un jour un homme, qui vous semble seul au milieu de tous, ne sera plus un mythe pour notre esprit, cela donne du courage. Exister pour lui, ô mon Dieu ! Comprenez-vous comme on doit se rire du travail et des difficultés devant un tel espoir ? Une parole, un regard de lui doit effacer toute souffrance.

« Il semble que sa pensée illumine le cœur. L’univers se transfigure. C’est d’aujourd’hui seulement que je vois, que j’entends, que je pense. C’est aujourd’hui que je commence ma vie. Oh ! je veux travailler, je veux grandir pour être à sa portée. Je veux être bonne pour qu’il me regarde avec bonté. Que ma route soit semée d’épines, je ne les sentirai pas… Il me semble que cette route mène à lui. Il est une chose plus forte que la souffrance, plus forte que tout : c’est l’amour.

« Zélie »