Page:Adam - Mes premières armes littéraires et politiques.djvu/405

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« Merci, monsieur le sorcier.

— Elle restera gentille, la petite demoiselle, ajouta le rebouteur.

— Vous avez dit que ma fille… adoptée se porterait mieux que moi ; je suis donc malade ? demanda Jean Reynaud, près duquel j’étais restée avec ma fille tandis que les invités s’en allaient, refusant de consulter le sorcier.

— Je ne dis jamais le mal, répondit le rebouteur, mais faudra vous soigner c’t’été, et ben prendre garde aux médecins.

— Vous ne les aimez pas, les médecins ?

— Est-ce qui m’aiment, eusse ?

— Dame, vous leur faites du tort.

— Tant que j’peux, pas tant que j’veux. »

Legouvé est revenu à la villa de la Bocca. Cette fois il a précédé Henri Martin. On cause beaucoup quand Legouvé est là ; Jean Reynaud aime à échanger toutes ses idées avec lui. Ils gémissent sur l’abandon de l’idéal par la race française. Le « sens pratique » exclusivement prôné leur paraît détruire tout ce qu’il y avait de rêve, de poésie, d’héroïsme, en nous.

« L’idéal a même sa valeur marchande, disait Jean Reynaud, c’est lui qui nous donne conscience de la beauté, et ce goût, cet art, qui sont la richesse de notre pays ; oui, ce qui est beau a aussi son utilité.