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DE LA RÉVOLUTION DE 1848.

Ces conflits entre la population des villes et l’autorité officielle n’étaient pas les seuls qui agitassent le pays. Dans les campagnes, des mouvements où la politique n’entrait pour rien, éclatèrent sur plusieurs points à la fois, et l’on eut quelque peine à les apaiser. Les départements de la Haute-Garonne, des Hautes-Pyrénées, de l’Ariége et de l’Aude sont couverts de forêts magnifiques. L’État, dans le seul département de l’Aude, en possède pour une valeur d’environ 20 millions. Par une anomalie qu’a créée, de restriction en restriction, un pouvoir plus jaloux de ses droits qu’intelligent de ses intérêts véritables, les populations, pour lesquelles la proximité de ces richesses naturelles devrait être un accroissement de bien-être, souffrent des privations très-dures et sont en butte à mille vexations intolérables de la part de l’administration forestière. Le droit des communes qu’on appelle riveraines et le droit de l’État, perpétuellement contesté et interprété, donnent lieu, sous tous les gouvernements, à de sanglants conflits, et tiennent les paysans de ces contrées, très-braves et très-bons tireurs, en état permanent d’insurrection, insurrection étrangère, comme je l’ai fait observer, à la politique, sous une forme particulière, locale, qui n’est autre chose que la protestation aveugle de la misère du peuple contre la mauvaise gérance et le gaspillage de la fortune publique.

En 1830, après de graves émeutes, le gouvernement rendit aux communes riveraines la plupart des droits anciens qu’elles avaient réclamés vainement sous la Restauration ; mais les concessions qu’on s’était cru forcé de faire en principe, on les retirait de fait, en mettant pour condition à l’exercice de ces droits des formalités telles qu′elles les rendaient plus onéreux que profitables[1]. L’esprit

  1. Il arrive ainsi que les arbres des forêts de l’État pourrissent sur place, tandis que les paysans manquent de bois à brûler. Durant, les hivers rigoureux, il y a eu des exemples de personnes mortes de froid, dans des communes tout environnées de forêts.