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HISTOIRE

Pour toute réponse à ces accusations, M. Crémieux annonça qu’une enquête était ouverte sur les événements de Rouen, et l’Assemblée vota à l’unanimité, moins trois ou quatre voix, que le gouvernement provisoire avait bien mérité de la Patrie.

Ainsi fut close la période purement révolutionnaire du gouvernement républicain. La royauté abolie ; le principe de la souveraineté du peuple, non plus seulement reconnu dans le droit abstrait, mais pratiqué sans opposition ; la paix maintenue ; la liberté respectée ; c’étaient là les œuvres signalées, accomplies depuis le 24 février par un gouvernement né d’une insurrection, soutenu presque uniquement par l’amour et le dévouement des classes populaires.

L’Assemblée, issue du suffrage universel, allait avoir à fortifier, à développer, à constituer enfin cette œuvre immense. La France et l’Europe avaient les yeux, sur elle ; ses décisions souveraines seraient, pour toute une génération d’hommes peut-être, le sceau de la paix ou le signal de la guerre ; l’accomplissement ou le déchaînement de la plus grande révolution des temps modernes.


Le gouvernement provisoire avait-il, en effet, bien mérité de la Patrie ?

Au moment où l’Assemblée nationale prononçait cette parole solennelle sur les hommes qui venaient abdiquer dans son sein le pouvoir révolutionnaire et leur décernait ainsi la couronne civique, une seule voix s’éleva pour protester : c’était la voix de Barbès.

Depuis lors[1], les choses ont bien changé. Les partis vaincus, déconcertés et réduits au silence par la grandeur des événements, ont retrouvé dans un retour inespéré de fortune, avec la parole hautaine, l’esprit d’infatuation et d’injustice. Ce qui pour eux fut un objet d’étonnement et d’admiration est devenu un sujet de scandale. La calomnie

  1. Je crois devoir rappeler encore que ceci était écrit en 1850.