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HISTOIRE

sentants se lèvent et protestent du geste avec énergie. « Vous n’êtes pas représentant, s’écrient-ils ; vous n’avez pas la parole ; vous violez l’Assemblée nationale !… »

M. Louis Blanc, debout au bureau, pensant que le moment est favorable, s’adresse de nouveau au peuple pour le conjurer de faire silence afin que le droit de pétition, dit-il, soit consacré et pour qu’on ne puisse pas dire qu’en entrant dans cette enceinte, le peuple, par ses cris, a violé sa propre souveraineté.

Cependant M. Raspail a commencé la lecture de la pétition, mais au milieu d’une rumeur telle que ni les membres du bureau, ni aucune des personnes les plus voisines ne sauraient entendre une seule de ses paroles. M. Raspail lit, d’ailleurs, sans accentuation, sans geste, à la manière dont on débite d’ordinaire le procès-verbal ; avec une monotonie et une lenteur calculées pour gagner du temps, pour calmer, engourdir cette foule qui lui semble, comme il l’a dit plus tard, attaquée du tournis[1].

À plusieurs reprises, on entend au-dessus des clameurs confuses les cris de : « Vive la Pologne ! Vive l’organisation du travail ! » De nouvelles masses ne cessent d’affluer du dehors ; il n’y a pas moins de deux mille personnes étrangères dans la salle. Des hommes de tumulte, Laviron, Borme, Flotte, Quentin, Seigneuret, Houneau, Villain, Degré, en uniforme de sapeur-pompier, Dumoulin, ont envahi le bureau ; ils sont armés ; ils entourent le fauteuil du président ; ils se disputent la place très-exiguë, se poussent sur les degrés de la tribune, se collètent, s’apostrophent, se culbutent : c’est un spectacle des halles.

Barbès, qui n’a pas quitté la tribune, supplie le peuple de se retirer ; on lui répond par le cri de : « Vive Barbès ! » mais personne ne songe à lui obéir. Tout à coup, un nom est prononcé qui domine le bruit : « Blanqui ! Où est Blanqui ?… Nous voulons Blanqui ! » Et l’on voit, porté au-dessus

  1. Voir au Procès de Bourges, la défense de M. Raspail.