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DE LA RÉVOLUTION DE 1848.

ministre de la justice, vint déclarer à la tribune que la loi de 1832 était virtuellement abolie par la révolution de Février.

Cependant l’agitation était grande dans Paris, des groupes nombreux se formaient dans les rues, et l’on y parlait à haute voix de mettre Louis-Napoléon à la tête de la République. Une pétition des ouvriers de la Villette demandait à l’Assemblée qu’il fût proclamé consul ; dans la 12e légion de la garde nationale, il était question de le nommer colonel en remplacement de Barbès. L’émigration polonaise et quelques-uns des disciples influents de l’illuminé Towianski agissaient et parlaient pour lui dans les clubs et les sociétés secrètes. La presse aussi commençait à s’émouvoir. Le journal le Napoléonien disait au sujet de l’élection : « Nous avons vu dans ce fait autre chose que l’élection d’un simple représentant, nous y avons vu le vœu qu’une autre candidature fût portée devant le pays. »

Le Constitutionnel, en rapprochant le chiffre des voix données à Pierre Leroux, à Proudhon et à Louis Bonaparte, dénonçait cette élection comme le résultat d’une alliance contractée entre les républicains et les bonapartistes. Le Représentant du peuple niait l’alliance, mais il se montrait effrayé : « Le peuple, disait M. Proudhon avec sa verve caustique, a voulu se passer cette fantaisie princière, qui n’est pas la première du genre ; et Dieu veuille que ce soit la dernière ! Il y a huit jours, ajoutait-il, le citoyen Bonaparte n’était encore qu’un point noir dans un ciel en feu ; avant-hier ce n’était encore qu’un ballon gonflé de fumée ; aujourd’hui c’est un nuage qui porte dans ses flancs la foudre et la tempête. »

Au sein de la commission exécutive on était beaucoup plus inquiet qu’à l’Assemblée nationale, parce qu’on était plus exactement informé du caractère de plus en plus hostile que prenait l’agitation populaire. Les attroupements qui, dans les premiers jours, ont stationné autour de la porte Saint-Denis, aux cris mêlés de : Vive Barbès ! vive Na-