Page:Agoult - Histoire de la révolution de 1848, tome 2.djvu/488

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
484
HISTOIRE

poration n’avait été convoquée ; on ne voyait flotter nulle part les bannières populaires ; la foule n’était plus mêlée, comme on l’avait vue jusque-là, de blouses et de vestes. Un très-petit nombre d’ouvriers étaient venus, et ils étaient tenus à distance par la haie des troupes.

Mille bruits sinistres s’étaient répandus ; on parlait de machine infernale ; on disait que le général Cavaignac devait être assassiné pendant la cérémonie. Le char funèbre qui, selon le programme, devait conduire les corps jusqu’au caveau de la colonne de Juillet, s’arrêta devant l’église de la Madeleine. On n’osait pas se rapprocher des quartiers populaires, tant la terreur qu’ils avaient inspirée était profonde encore.

C’est sous cette impression générale de tristesse et de terreur que le général Cavaignac eut à reconstituer un gouvernement et à composer son ministère.

On a vu que la réunion de la rue de Poitiers avait élevé quelques difficultés à ce sujet, se croyant assez forte déjà pour imposer ses choix au chef du pouvoir exécutif. Mais M. Thiers, qui jugeait prématurée son intervention directe dans les affaires, fit comprendre aux impatients qu’il ne serait pas d’une bonne politique de peser trop tôt sur l’opinion et qu’il fallait, avant d’écarter les républicains, les laisser s’user eux-mêmes, amoindrir, par les fautes qu’ils ne manqueraient pas de commettre, l’autorité que leur donnait l’insurrection vaincue.

En conséquence, une députation officieuse, composée de MM. Vivien, Degousée, Desèze, de Falloux et de Vesins, s’était rendue, le 27 juin, dans la soirée, auprès du général Cavaignac pour lui donner l’assurance que l’on accepterait ses choix, quels qu’ils fussent, et que l’on soutiendrait son gouvernement. Mais, à peine la composition du nouveau ministère fut-elle connue que l’on murmura : il ne déplaisait point trop à la réunion de la rue de Poitiers de voir M. Senard à l’intérieur et le général Lamoricière au ministère de la guerre. Le rôle qu’ils avaient joué l’un et