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DE LA RÉVOLUTION DE 1848.

bien mérité de la patrie, le rapport de M. Quentin-Bauchart était si manifestement dicté par un étroit esprit de rancune, il reposait sur des faits si peu démontrés, il s’appuyait sur des témoignages si suspects ou si puérils, que le public et l’Assemblée, malgré l’excitation des esprits, ne purent s’empêcher de le désapprouver, du moins dans sa forme.

Les débats auxquels il donna lieu furent les plus passionnés qu’on eût encore vus. Ouverts le 25 août, à midi, ils durèrent, presque sans interruption, jusqu’au lendemain, six heures du matin. C’était la première fois que, dans l’Assemblée constituante, la révolution quelle représentait était sérieusement et presque ouvertement attaquée. M. de Lamartine traduit devant une commission d’enquête ; M. Ledru-Rollin forcé de venir défendre à la tribune les actes de son gouvernement ; MM. Louis Blanc et Caussidière ressaisis par leurs ennemis qu’une première défaite n’avait pas découragés, c’était là des signes manifestes du progrès qu’avaient fait les partis dynastiques.

Dans un discours chaleureux, M. Ledru-Rollin essaya d’arracher l’Assemblée à ces emportements de la peur qui la jetaient aveuglément dans des voies rétrogrades. « La république rouge est un fantôme, s’écria M. Ledru-Rollin. Il n’y a pas de république rouge. Il y a des hommes qui caressent des illusions, qui, abusés par les besoins, peuvent être entraînés ; mais soyez bien convaincus que l’immense majorité du pays se rattache à la République vraie. Dites-vous surtout, ajouta-t-il d’un accent ému et prophétique, que, en commençant l’ère des proscriptions, tous les partis peuvent y passer les uns après les autres ; et alors ce ne sera pas la perte de la liberté en France, ce sera la perte de la liberté en Europe ! »

Bien que l’Assemblée considérât M. Ledru-Rollin comme un révolutionnaire dangereux, elle fut sensible à son éloquence ; quand il descendit de la tribune, on sentit que sa cause personnelle était gagnée. Il n’en fut pas de même