Page:Agoult - Histoire de la révolution de 1848, tome 2.djvu/511

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
507
DE LA RÉVOLUTION DE 1848.

la peine de mort en matière politique ; consacrer le droit d’association et la liberté d’enseignement. On eût dit qu’il n’y avait plus pour la France qu’un seul intérêt ; on n’entendait qu’une seule question sur toutes les bouches : qui sera président de la République ?

Aussi longtemps qu’on avait pu croire que l’Assemblée retiendrait le droit de nommer le président, le parti de l’ordre n’avait pas renoncé à la prétention de porter l’un de ses candidats. On avait cherché d’abord à s’entendre avec quelques républicains pour la candidature du prince de Joinville, espérant les amener à considérer cette candidature d’un prince du sang royal comme une conquête du droit républicain ; mais les ombrages des légitimistes, qui formaient un groupe important dans le parti de l’ordre, firent abandonner ce projet, et M. Thiers résolut alors de tenter pour lui-même les chances de la fortune électorale. Depuis son succès oratoire dans la discussion avec M. Proudhon et l’entreprise des publications à bon marché dont il avait eu l’initiative, il se croyait des chances sérieuses. Aux yeux de beaucoup de gens, en effet, il passait pour le sauveur de la propriété, et la grande masse des peureux, ne se rappelant déjà plus la victoire de juin, lui rapportait tout l’honneur de la sécurité qui leur était rendue. Le talent et l’habileté de M. Thiers lui faisaient dans l’Assemblée une situation si forte que, à l’aide de quelques alliances bien ménagées, la plus haute ambition devait lui sembler permise. Un rapprochement avec M. Marrast qui, par la part active qu’il avait prise à la rédaction et au vote de la constitution, avait acquis également beaucoup d’influence sur l’Assemblée dont il était réélu président pour la troisième fois, parut à M. Thiers le plus sûr moyen d’atteindre son but. Par l’entremise de quelques amis communs il s’efforça de renouer l’alliance électorale des années 1846 et 1847, offrant à M. Marrast, dans le cas où celui-ci l’aiderait efficacement à devenir président, la vice-présidence de la République. En même temps, il resserrait ses liens avec