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DOCUMENTS HISTORIQUES.

Ceux qui avaient peur cachaient leur argent.

Les clubs se formaient. La cause du riche y était attaquée et n’y était pas défendue, sinon fort mal. Les absents ont tort.

Dans ces circonstances, qu’il n’était point au pouvoir de l’administration de prévenir ou de modifier, naissaient des haines sociales, la misère et beaucoup de causes prochaines d’une lutte armée. Le gouvernement organisa les ateliers nationaux. Ce fut peut-être un expédient malheureux.

Les ateliers nationaux ont été un des motifs constants de perturbation : les ouvriers y prenaient des habitudes de paresse. Le travail des ateliers nationaux était une fiction. Ce travail était médiocre ou nul. Si le gouvernement, au lieu d’avoir recours à ce moyen, avait songé à soutenir les grandes industries, il n’aurait pas déplacé tous les corps d’état et amené ainsi, à son insu, une des principales causes de la dernière insurrection.

L’ordre, c’est le travail ; mais le travail de chaque ouvrier dans sa spécialité. En dehors de cela, les horlogers, les forgerons, les bijoutiers, les charpentiers, etc., rassemblés sur un point, c’est le désordre, c’est le chaos, c’est le fleuve qui sort de son lit pour inonder les campagnes au lieu de les vivifier.

Dans ma pensée, au lieu de créer les ateliers nationaux, on devait prêter aux grandes usines la moitié de la somme qui a été perdue en travaux infructueux. En agissant ainsi, on laissait chaque travailleur à son atelier ; on utilisait sa spécialité, et l’on obtenait un travail d’une valeur décuple. Les riches, en se rassurant, seraient revenus, et les affaires auraient repris leur cours ordinaire.


Classes qui ont pris part à l’insurrection.


1o beaucoup d’ouvriers sans travail qui soutiennent leur famille et qui voient des femmes et des enfants qui ont faim.

2o Des hommes exaltés et probes, mais ignorants et faciles à se laisser tromper. On leur a fait croire que l’Assemblée nationale voulait ramener peu à peu le système suivi par Louis-Philippe.

3o Ces communistes, rêveurs d’utopie, dont chacun a son système, et qui ne sont pas d’accord entre eux.

4o Les légitimistes, qui ont toujours dit qu’il faudrait passer par la république pour arriver à Henri V. Pour eux, le gouvernement républicain n’est qu’une halte d’un moment, mais nécessaire.

5o Les bonapartistes, qui ont joint leur argent à celui des légitimistes pour solder l’émeute.

6o Les partisans de la régence, qui se sont fait remarquer par leur mauvais vouloir lorsqu’il a fallu payer l’impôt.

7o Enfin, l’écume de tous les partis, les forçats et les gens sans aveu ; enfin, les ennemis de toute société, gens voués par instinct aux idées d’insurrection, de vol et de pillage.