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DE LA RÉVOLUTION DE 1848.

Ces paroles, applaudies par les délégués des corporations qui s’abandonnaient aveuglément à la direction de M. Louis Blanc, provoquèrent dans le groupe des clubistes un murmure prolongé. « Le peuple attend autre chose que des paroles ! s’écria l’un d’entre eux, d’une voix pleine de colère ; il veut une réponse définitive ; nous ne sortirons pas d’ici sans avoir une réponse à transmettre au peuple. » Mais, sans laisser à M. Louis Blanc le temps de répondre, MM. Cabet et Sobrier, craignant de voir s’engager le conflit, s’interposèrent ; par des paroles pleines de sens ils atténuèrent l’impression que venait de produire l’orateur clubiste et donnèrent à M. Ledru-Rollin quelques minutes pour peser les paroles qu’il allait prononcer à son tour. « Je n’ai qu’un mot à vous dire, dit enfin le ministre de l’intérieur, mais je crois que ce mot aura quelque action sur vos esprits. Vous représentez Paris, mais vous comprenez que la France se compose de l’universalité des citoyens. Or, je me suis adressé, il y a deux jours, à tous les commissaires des départements pour leur demander ceci : Est-il possible matériellement que les élections aient lieu le 9 avril ? Est-il possible, politiquement et dans l’intérêt de l’établissement de la République, que les élections aient lieu le 9 avril ? Vous ne pouvez pas, citoyens, imposer au gouvernement de délibérer sans être éclairé avant tout sur l’état de la France, sans être informé par ses commissaires. Vous représentez indubitablement la cité la plus active et par cela même la plus intelligente, mais vous ne pouvez pas avoir ici la prétention de représenter la France tout entière ; vous ne pouvez l’avoir qu’à une condition, c’est que, élus par le peuple, représentants du peuple, nous ayons pour les départements, pour la France entière comme pour Paris, la volonté et le dernier mot du peuple. Il faut que vous attendiez quelques jours. J’ai fixé au 25, au plus tard, les réponses qui doivent m’être faites. Quand le gouvernement, prenant en considération le vœu de Paris, qui ordinairement donne l’impulsion à la France, mais qui cependant