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L’ÉCLAIREUR.

— Je ne demande pas mieux, mon bon camarade, interrompit Balle-Franche, et il continua. Un homme qui, il y a une vingtaines d’années, m’a rendu un certain service assez important, que je n’avais pas revu depuis, et que, certes, je n’aurais pas reconnu s’il ne m’avait pas dit son nom, seule chose que je n’avais point oubliée, vint me trouver, sur ces entrefaites ; Ruperto, mon associé et moi, nous étions au presidio du Tubac occupés à vendre quelques peaux de tigres et de panthères. Cet homme me dit ce que je vous ai rapporté ; il ajouta qu’il était proche parent de la jeune fille, il me rappela le service qu’il m’avait rendu, bref il sut tellement m’émouvoir, que je m’engageai à l’aider à se venger de son ennemi. Deux jours plus tard nous prenions la piste ; pour un homme habitué comme moi à suivre la trace des Indiens, cette piste était un jeu d’enfant, et bientôt je le conduisis presque en présence de la caravane espagnole commandée par don Miguel Ortega.

— L’autre se nommait don Torribio Carvajal.

— Ne pouvait-il pas avoir changé de nom ?

— À quoi bon dans le désert ?

— Dans la prévision qu’on le poursuivrait.

— Les parents avaient donc un grand intérêt à cette poursuite ?

— Don José m’a dit être l’oncle de la jeune fille, pour laquelle il a une tendresse de père.

— Mais elle est morte, il me semble, ou du moins c’est, si je ne me trompe, ce que vous m’avez dit.

Balle-Franche se gratta l’oreille.

— Voilà justement où la question s’embrouille, dit-il ; c’est qu’il paraît qu’elle n’est pas morte du tout, au contraire.

— Hein ! s’écria Bon-Affût, elle n’est pas morte ! Cet oncle le sait donc, c’est donc de son consentement que la