Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/14

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Le Mexicain la suivit.

Ils marchèrent ainsi pendant quelques instants sans échanger une parole.

Lorsqu’ils eurent dépassé les halliers qui bordaient la rivière, ils virent, à peu de distance devant eux, un misérable jacal qui s’élevait solitaire et triste adossé à un rocher.

— Voilà ma demeure, dit la jeune fille avec un sourire mélancolique.

Don Pablo soupira, mais ne répondit pas.

Ils continuèrent à marcher dans la direction du jacal, qu’ils atteignirent bientôt.

— Asseyez-vous, don Pablo, reprit la jeune fille en présentant à son compagnon un escabeau sur lequel celui-ci se laissa tomber, je suis seule, mon père et mes deux frères sont partis ce matin au lever du soleil.

— Vous n’avez pas peur, répondit don Pablo, de rester ainsi dans ce désert, exposée à des dangers sans nombre, si loin de tout secours ?

— Que puis-je y faire ? Cette vie n’a-t-elle pas toujours été la mienne ?

— Votre père s’éloigne-t-il souvent ainsi ?

— Depuis quelques jours seulement ; je ne sais ce qu’il redoute, mais lui et mes frères semblent tristes, préoccupés ; ils font de longues courses, et lorsqu’ils reviennent harassés de fatigue, les paroles qu’ils m’adressent sont rudes et brèves.

— Pauvre enfant ! dit don Pablo, la cause de ces longues courses, je puis vous la dire.

— Croyez-vous donc que je ne l’aie pas devinée ? reprit-elle ; non, non, l’horizon est trop sombre autour de nous pour que je ne sente pas l’orage qui