Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/21

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lui disait qu’une catastrophe était imminente et que bientôt la main de Dieu s’appesantirait terrible et implacable sur l’homme dont les crimes avaient lassé sa justice.

Vers le milieu de la nuit, un bruit de pas de chevaux se fit entendre, se rapprocha peu à peu, et plusieurs personnes s’arrêtèrent devant le jacal.

Ellen alluma une torche de bois-chandelle et ouvrit la porte.

Trois hommes entrèrent.

C’étaient le Cèdre-Rouge et ses deux fils Nathan et Sutter.

Depuis un mois environ, un changement inexplicable s’était opéré dans la façon d’agir et de parler du squatter.

Cet homme brutal, dont les lèvres minces étaient constamment crispées par un rire ironique, qui n’avait dans la bouche que des paroles railleuses et cruelles, qui ne rêvait que meurtre et pillage et auquel le remords était inconnu, cet homme était depuis quelque temps devenu triste, morose ; une inquiétude secrète semblait le dévorer ; parfois lorsqu’il ne se croyait pas observé, il jetait sur la jeune fille de longs regards d’une expression inexplicable, et poussait de profonds soupirs en hochant mélancoliquement la tête.

Ellen s’était aperçue de ce changement, qu’elle ne savait à quoi attribuer, et qui augmentait encore ses inquiétudes ; car, pour qu’une nature aussi énergique et aussi fortement trempée que celle du Cèdre-Rouge fut aussi gravement altérée, il fallait des raisons bien sérieuses.

Mais quelles étaient ces raisons ? voilà ce que cherchait vainement Ellen, sans que rien vînt jeter une