Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/32

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où il avait eu le soin de l’attacher en arrivant.

Le pauvre animal, effrayé par les éclairs et les roulements sourds du tonnerre, avait poussé un hennissement de plaisir en revoyant son maître.

Sans perdre un instant, le jeune homme se mit en selle et s’éloigna au galop.

La route qu’il avait à faire pour rejoindre ses amis était longue ; la nuit, tombée pendant son entretien avec Ellen, épaississait les ténèbres autour de lui.

L’eau tombait à torrents, le vent sifflait avec violence, le jeune homme craignait à chaque instant de s’égarer et ne marchait qu’à tâtons dans l’immense solitude qui s’étendait devant lui et dont l’obscurité l’empêchait de sonder les profondeurs pour s’orienter.

Comme tous les hommes bien doués et habitués à la vie d’aventure, don Pablo de Zarate était taillé pour la lutte ; sa volonté croissait en raison des difficultés qui surgissaient devant lui, et, loin de le décourager, les obstacles ne faisaient que l’affermir dans sa résolution.

Dès qu’il s’était tracé un but, il l’atteignait quand même.

Son amour pour Ellen, né pour ainsi dire par un coup de foudre, comme naissent du reste la plupart des amours vrais, où l’imprévu joue toujours le plus grand rôle, cet amour, disons-nous, auquel il n’était nullement préparé et qui était venu le surprendre au moment où il y songeait le moins, avait pris, sans que don Pablo s’en doutât lui-même, des proportions gigantesques que toutes les raisons qui devaient le rendre impossible n’avaient fait qu’accroître.

Bien qu’il portât au Cèdre-Rouge la haine la plus profonde, et que, l’occasion s’en présentant, il l’eût,