Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/467

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incarnadine dorait ses joues ; elle semblait heureuse.

Les guerriers, s’associant à la douleur de leur frère adoptif, étaient silencieusement accroupis auprès de la hutte.

La soirée était magnifique ; la brise qui commençait à se lever agitait doucement les feuilles des arbres ; le soleil se couchait dans un flot de vapeurs irisées de mille nuances changeantes.

La malade prononçait parfois des paroles entrecoupées que son fils recueillait religieusement.

Au moment où le soleil disparut derrière les pics neigeux des montagnes, la malade se souleva comme poussée par une force irrésistible ; elle promena autour d’elle un regard calme et limpide, posa ses deux mains sur la tête du chasseur, et prononça ce seul mot avec un accent rempli d’une mélodie étrange :

— Adieu !

Puis elle retomba.

Elle était morte.

Par un mouvement instinctif, tous les assistants s’agenouillèrent.

Valentin se courba sur le corps de sa mère, dont le visage avait conservé cette auréole de beauté céleste, dernière parure de la mort ; il lui ferma les yeux, l’embrassa à plusieurs reprises, et, serrant dans les siennes sa main droite qui pendait hors du hamac, il pria.

Toute la nuit se passa ainsi sans que personne abandonnât la place.

Au point du jour, le père Séraphin, aidé par Curumilla qui lui servit de sacristain, dit l’office des morts, puis le corps fut inhumé ; tous les guerriers indiens assistèrent à la cérémonie.