Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/51

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l’âme si fortement trempée sortît de son immobilité de statue.

Lorsqu’il releva la tête, deux larmes sillonnaient son visage bronzé.

— Oh ! ce doute est affreux ! s’écria-t-il ; coûte que coûte, je veux en sortir ; il faut que je sache enfin ce que je puis espérer.

Et se redressant fièrement de toute sa hauteur, il marcha d’un pas ferme et assuré vers la jeune fille, toujours étendue sans mouvement.

Alors, ainsi que nous l’avons vu une fois déjà auprès de Schaw, il déploya pour rappeler la Gazelle blanche à la vie les moyens inconnus qui lui avaient si bien réussi auprès du jeune homme.

Mais la pauvre enfant avait été soumise à de si rudes épreuves depuis deux jours que tout semblait brisé en elle. Malgré les soins empressés du Blood’s Son, elle conservait toujours cette rigidité des cadavres si effrayante ; tous les remèdes étaient impuissants.

L’inconnu se désespérait du mauvais résultat de ses tentatives pour rappeler la jeune fille à la vie.

— Oh ! s’écriait-il à chaque instant, elle ne peut être morte ; Dieu ne le permettrait pas !

Et il recommençait à employer ces moyens dont l’inefficacité lui était cependant démontrée.

Tout à coup il se frappa le front avec violence.

— Je suis fou, dit-il.

Et, fouillant vivement dans sa poitrine, il tira d’une poche de son dolman un flacon de cristal rempli d’une liqueur rouge comme du sang, il déboucha le flacon, desserra avec son poignard les dents de la jeune fille, et laissa tomber dans sa bouche deux gouttes de cette liqueur.