Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/63

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— Amenez-le-moi, mon oncle, et laissez-moi partir ; surtout que tout le monde ignore les liens qui nous unissent.

— Je serai muet.

— Quoique vous voyiez, quoique vous entendiez, quelque chose qu’on vous rapporte sur mon compte, ne croyez rien, ne vous étonnez de rien ; dites-vous que j’agis dans l’intérêt de notre commune vengeance, car cela seulement sera vrai.

Don Stefano secoua la tête.

— Tu es bien jeune, enfant, pour une si rude tâche, dit-il.

— Dieu m’aidera, mon oncle, répondit-elle avec un éclair dans le regard ; cette tâche est juste et sainte, car je veux la punition des assassins de mon père.

— Enfin, reprit-il, que ta volonté soit faite ! Tu l’as dit, cette tâche est juste et sainte, et je ne me reconnais pas le droit de t’empêcher de l’accomplir.

— Merci, mon oncle, fit la jeune fille avec sentiment ; et maintenant, tandis que je prierai sur la tombe de mon père, amenez-moi votre cheval afin que je me mette en route sans retard.

Le Blood’s Son s’éloigna sans répondre.

La jeune fille tomba à genoux au pied de la croix.

Une demi-heure plus tard, après avoir tendrement embrassé don Stefano, elle montait à cheval et s’élançait au galop dans la direction du Far West.

Le Blood’s Son la suivit des yeux tant qu’il lui fut possible de l’apercevoir dans les ténèbres ; puis, lorsqu’elle eut enfin disparu, il se laissa à son tour glisser sur la tombe, en murmurant d’une voix sourde :

— Réussira-t-elle ?… qui sait ? ajouta-t-il avec un accent impossible à rendre.