Page:Alembert - Trois mois à la cour de Fréderic : lettres inédites.djvu/28

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ai point encore vu en particulier, me dit-il, et ce n’est pas là vous voir ; asseyez-vous auprès de moi et causons. »

« Il me parla d’abord des propositions de Russie et de mon refus et me tint sur cela les discours les plus obligeants et les plus pleins de bonté ; ensuite il me parla belles-lettres, philosophie, politique même, guerre et paix, etc., etc. Il me faudrait un volume pour vous rendre compte de cette conversation ; tout ce que je puis vous assurer et que certainement vous auriez trouvé comme moi, c’est que le roi m’a paru supérieur à sa gloire même, parlant de cette gloire et de sa renommée avec une modestie bien vraie, rendant justice à ses ennemis mêmes, et voyant avec une modération et une tranquillité bien dignes de lui tout le mal qu’on a voulu lui faire, plein d’estime et de goût pour notre nation, disant même du bien de plusieurs de nos généraux, même de ceux qui n’ont pas été aussi habiles que lui. Ce qui fait encore plus son éloge, c’est que depuis la paix, c’est-à-dire depuis trois mois, il a déjà rebâti 4500 maisons dans les villages, que de huit pages qu’il avait, il s’est réduit à deux, et de vingt heiduques à six, et ainsi du reste. Partout où nous avons passé, l’empressement de le voir et les acclamations sont inexprimables ; il est fort gai, se porte bien et est même beaucoup moins changé que je ne l’aurais cru ; notre conversation d’hier a duré quatre heures et ne m’a point ennuyé, à beaucoup près,