Page:Alessandro Manzoni - Les fiancés, trad. Montgrand, 1877.djvu/15

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et la misère, et qui semblait ne vivre que pour satisfaire les caprices des grands. Parmi les personnages qui nous émeuvent et nous initient aux misères de cette époque, se détachent quelques figures que Manzoni semble avoir animées de son esprit de justice et de charité.

Bien que certains faits paraissent étranges, on ne saurait douter de la véracité de l’auteur qui s’appuie sur des témoignages authentiques. L’existence des coupe-jarrets nous est attestée par les édits si souvent dirigés contre eux ; l’annaliste Ripamonti raconte dans un certain chapitre les aventures de la religieuse de Monza ; Rivola nous affirme, dans la vie de Frédéric Borromée, la vie et la conversion de l’Inconnu. Manzoni puise aux meilleures sources : il ne crée pas les faits, mais il les anime par son génie.

Manzoni évite le défaut du roman historique qui trop souvent altère l’histoire et même s’y substitue. Au mérite d’une narration vive et animée, il joint la netteté, l’élégance, le naturel du style ; il charme, il entraîne, il séduit. Ses descriptions sont simples et colorées ; ses réflexions courtes et judicieuses. Il connaît tous les détours du cœur humain, il sait par quels degrés passent les émotions ; il n’excite pas les passions violentes, les feux de vengeance et de haine ; il adoucit, il apaise les colères, il donne l’espoir de la délivrance. Peut-être lui reprochera-t-on certains détails inutiles ; mais qui voudrait retrancher quelque chose à cette œuvre où sont réunies tant de beautés ? Si l’auteur étale souvent sous nos yeux les horreurs de la peste, ne nous fait-il pas connaître plus intimement les misères de ce peuple dont il prend la défense ? Les délais apportés au mariage de Renzo n’ont-ils pas fait naître ces observations délicates où le cœur de Manzoni se révèle ?

Son séjour à Florence, pendant l’automne de l’année 1827 lui fournit l’occasion de se lier d’amitié avec les hommes les plus distingués de l’époque : Gino Capponi, Tommaseo, Leopardi, Nicolini, Montani.

Tout semblait se liguer pour éprouver le courage de Manzoni et sa fermeté religieuse. Cet homme, qui ne trouvait de bonheur que dans la vie de famille, vit mourir successivement sa femme et ses trois filles, Julie, Sophie et Christine. Cependant les malheurs domestiques, les railleries des sceptiques, ne purent le détourner du but qu’il s’était proposé et qu’il résumait par ces mots : justice et charité.

En 1838, après le couronnement de l’empereur d’Autriche, tous les nobles, oublieux de leur dignité et de leur nom d’Italiens, affluaient à la