Page:Alessandro Manzoni - Les fiancés, trad. Montgrand, 1877.djvu/347

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CHAPITRE XXIII.


Le cardinal Frédéric, en attendant l’heure d’aller à l’église célébrer l’office divin, était à étudier, comme il avait coutume de le faire dans tous les moments d’intervalle entre ses autres occupations, lorsqu’il vit entrer le chapelain porte-croix avec une figure toute troublée. « Voici une étrange visite, étrange en vérité, monseigneur.

— Qui donc ? demanda le cardinal.

— Rien moins que le seigneur… » reprit le chapelain ; et, appuyant fortement sur chaque syllabe, il prononça ce nom que nous ne pouvons écrire pour nos lecteurs. Puis il ajouta : « Il est là en personne, et demande tout uniment d’être introduit auprès de votre illustrissime seigneurie.

— Lui ! dit le cardinal avec vivacité, fermant son livre et se levant de dessus son siège ; qu’il vienne ! qu’il vienne à l’instant !

— Mais… répliqua le chapelain, sans changer de place ; votre illustrissime seigneurie doit savoir qui est cet homme ; c’est ce banni, ce fameux…

— Eh ! n’est-ce pas un heureux événement pour un évêque qu’un tel homme ait eu l’idée de venir à lui ?

— Mais… dit en insistant le chapelain ; nous ne pouvons jamais parler de certaines choses, parce que monseigneur dit que ce sont des contes ; cependant, lorsque le cas se présente, il me semble que c’est pour nous un devoir… Le zèle fait des ennemis, monseigneur ; et nous savons positivement que plus d’un scélérat a osé se vanter qu’un jour ou l’autre…

— Et qu’ont-ils fait, jusqu’ici ? interrompit le cardinal.

— Je dis que cet homme est l’agent de tous pour le crime, un désespéré qui entretient des correspondances avec les désespérés les plus furieux, et qu’il peut être envoyé…