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LE RETOUR DE JACQUES CLOUARD

regardait l’heure au cadran. On se donnait une poignée de main. Et Jacques se retrouvait seul. Être seul, voilà ce qui était dur.

À la gargote, l’odeur de la mangeaille le rassasiait. Penser qu’Adèle, autrefois, faisait de si bons pot-au-feu, lui assaisonnait si gentiment la salade ! Maintenant, il avalait à la hâte son eau de vaisselle, son bœuf, trempait une bouchée de pain dans son vin, filait.

Le soir, il flânait sur les boulevards extérieurs. Entre les deux rangées de baraques, établies là depuis la fête du Quatorze-Juillet, il se rappelait ces mêmes boulevards occupés, en 1870, par d’autres baraques en planches, où campaient les moblots. Que d’illusions perdues, en ces dix ans ! Que de catastrophes ! Et il écoutait les boniments des forains, l’énervante musique des orgues de Barbarie, le grincement des tourniquets à dix, à quinze, à vingt-cinq centimes. Une mère de famille, sa journée achevée, s’arrêtait-elle au bras de son homme, devant la même baraque, Jacques s’en allait plus loin.

Cependant, au milieu de cette solitude et de cet avachissement, quelque chose le soutenait. Le serrurier de Montrouge, rencontré le vendredi, lui avait dit :

— Après-demain dimanche, à sept heures précises, grand banquet de tous les amnistiés, au