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JOURNAL DE MONSIEUR MURE

nacée du cabinet noir, pour je ne sais quelle grosse sottise, finit par l’enfermer dans un corridor clair, entre deux portes vitrées. Elle pleura d’abord. Puis, soudain, avec un cri de révolte et de triomphe que j’entends encore :

— Papa, j’y vois !…

La vérité est que, tout enfant, encore en robe courte, elle m’intimidait déjà, moi, homme fait, docteur en droit, magistrat, mûr et grave avant l’âge. J’ai dit « vous » de bonne heure à cette bambine, qui jouait à la poupée en ce temps-là, et qui, de ses doigts barbouillés de confiture, se permettait de tirer mes favoris à côtelettes.


Neuf heures.

Ils ne sont plus à table ! Ceux qui n’étaient pas invités au repas arrivent. On commence à s’écraser dans le salon. Les domestiques circulent comme ils peuvent, avec leurs plateaux. Heureusement, il n’est plus d’usage de danser aux soirées de mariage. On se salue, on se complimente, on s’observe à la dérobée, en prenant du punch et des sorbets. Les hommes, relégués dans les coins, chuchotent en s’essuyant le front ; les dames tâchent de se voir dans une glace, en passant. Le président du tribunal en est à sa vingt-cinquième prise, et, dans une embrasure de fenêtre, récite son toast à quelque nouvel arrivé. Enfin l’aimable M. de Lancy a beau se multiplier : chacun